Tour du monde à la voile : on quitte tout !

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Tour du monde
à la voile :
on quitte tout !

Vous avez bien compris : on quitte tout et on part en tour du monde à la voile ! Si si, sérieusement, c’est pas une blague ! Un an avant d’acheter notre voilier Kerguelen, nous n’avions jamais mis les pieds sur un voilier, et nous n’avions clairement aucune connaissance de la voile. Notre choix de partir sur les océans à bord d’un voilier en a certainement surpris plus d’un ! Et pourtant, ça a été comme une évidence pour nous. On vous explique pourquoi.

Le bateau c’est la liberté, pas seulement le moyen d’atteindre un but.

Bernard Moitessier

La genèse de ce tour du monde à la voile

Jérémy a passé les douze premières années de sa vie sur la Côte d’Opale en bord de Manche et ça a grandement influencé son amour pour l’eau. Quant à moi, j’ai toujours trouvé la Mer du Nord ressourçante et apaisante, même si je n’ai jamais été hyper à l’aise dans l’eau. Et depuis 2011, on profitait de chaque voyage pour passer du temps à proximité d’un lac, d’une rivière ou d’une mer, et l’un des premiers rituels qu’on avait en découvrant une ville côtière, c’était d’aller observer la mer ou l’océan qui la bordait.

  • Je me rappelle de cette première journée à La Havane. On avait un planning assez chargé et beaucoup de marche nous attendait. En quittant notre casa particular, Jérémy m'a demandé ce qui était au programme. Spontanément, je lui ai proposé de commencer par une balade découverte de la vieille ville... ou d'aller voir la mer. Même si on avait prévu de parcourir le Malecon un autre jour, vous devinez comment on a occupé la première partie de notre matinée.

En tant qu’amoureux des voyages, de l’exploration et de la découverte, des cultures et des autres, on parle de partir en tour du monde depuis 2012. On n’était probablement pas prêt à l’époque, mais je pense surtout qu’il nous a manqué le déclic qui te dit « c’est ça, fonce! ». Notre premier cours de voile a été une révélation, et on a très rapidement su que c’était ça, le projet concret dont on manquait jusqu’à présent pour nous lancer.

Car outre l'expérience en tant que telle, le fait de vivre sur les océans et mers nous enchante. On assimile ces lieux à une variété de mots et d'émotions qui ne font que confirmer l'envie de les découvrir plus:
  • calme
  • force
  • immensité
  • richesse
  • inconnu
  • aventure
  • indomptable
  • revigorant
  • sérénité
  • vie
Jeremy sur Kerguelen
  • L'abus d'alcool est dangereux pour la santé.

Jérémy

Prendre le temps de prendre le temps... et de profiter du voyage

On a toujours aimé voyager, ça a d’ailleurs longtemps été notre moyen de recharger nos batteries pour attaquer les prochains mois de boulot. Lors de nos nombreux voyages, on s’est aperçu qu’on vivait et qu’on se sentait totalement différemment lorsqu’on était dans la routine métro/boulot/dodo et lorsqu’on découvrait une destination. Jusque là, ça n’a rien d’étonnant.
Depuis le début de nos carrières respectives, on s’est lancé à corps perdu dans nos boulots, ne comptant pas les heures, les kilomètres parcourus ou le nombre de déplacements pro. On n’a pas hésité à mettre notre couple dans des situations un peu bancales au nom de notre carrière. Par exemple, Jérémy a eu une mission d’un an à San Francisco pendant que je bossais à Bruxelles, ou encore on a rempli les poches de la SNCF pendant 3 ans et demi en ayant chacun un CDI et un appart dans deux villes différentes, l’un à Paris (pour Jérémy), et l’autre en Belgique (en habitant Lille, pour moi).
Avec le recul, on a eu un rythme hyper soutenu depuis qu’on bosse. Et, même si on adore nos boulots, on a aujourd’hui besoin de mettre la priorité ailleurs.
  • Chaque année, des événements nous rappellent malheureusement que la vie est courte. Et nous voulons utiliser le temps que nous avons de la meilleure des manières.
On veut passer plus de temps ensemble. On veut explorer des endroits jusque là inconnus. On veut s’immerger dans de nouvelles cultures. On veut intégrer notre esprit aventurier à notre quotidien. On veut pouvoir avoir le temps de voir le temps passer ou de s’ennuyer. On veut ne rien avoir à faire et sourire en y pensant. On veut ralentir la cadence et prendre le temps de prendre le temps. C’est là que le tour du monde à la voile entre en jeu…
Car même si on l’a fait pendant plus de 7 ans, voyager en avion ne collait plus avec nos envies. On ne veut plus nous « téléporter » à des milliers de kilomètres en quelques heures. On veut prendre autant de plaisir à profiter du voyage qu’à découvrir la destination. Naviguer à une vitesse moyenne de 5 ou 10 km/h nous paraît donc idéal.

Happiness is not a destination

It's a Way of Life

Lorsque j’ai mis les pieds sur un voilier pour la première fois, je vivais une phase difficile au boulot. Une fois sur l’eau, je ne pensais à rien d’autre qu’à l’instant présent. Le stress, les inquiétudes et interrogations, … Toutes ces émotions pesantes au quotidien se sont tus instantanément. Ca a été un réel déclic.
En naviguant sur notre voilier à temps plein, on souhaite revenir à l’essentiel et prendre le temps d’apprécier chaque instant, même les galères (parce que oui, il va y en avoir).

Dépassement personnel

Moins d’un an avant de devenir les heureux propriétaires de Kerguelen, nous n’avions jamais mis les pieds sur un voilier. Partir en tour du monde monde à la voile représente donc un défi de taille. Mais quel défi!

Même si nous avons passé les 12 derniers mois à suivre des cours pratiques et théoriques, il nous reste maintenant à adapter le bateau pour un programme « tour du monde », à naviguer en autonomie à bord de notre voilier, et à préparer le grand départ. Ce projet nous pousse clairement en dehors de notre zone de confort car il s’agit en réalité d’un changement de style de vie drastique.

On passe de ...

sédentaires
locataires d’un appartement
employés en CDI
clients réguliers de Picard et autres enseignes
métro/boulot/dodo

à ...





en peu de temps

nomades
vivant sur notre voilier
voyageurs à temps plein
apprentis pêcheurs
vivant au rythme de la nature

C’est déstabilisant, rempli d’inconnues et d’éléments qu’on ne maîtrise pas, et chaque jour apportera son lot de défis et de galères. C’est effrayant bien sûr, et les doutes et peurs ne feront probablement que grandir à mesure que l’heure du départ approchera. Mais bizarrement, on n’est pas paralysé par la peur, que du contraire.

Ce dont on est certain, c’est que chaque élément de la vie à bord sera un bon prétexte pour découvrir quelque chose de nouveau. D’un point de vue technique d’abord, on a tout à apprendre. On sait qu’on sera confronté à l’équipement de navigation qui nous lâche, une fuite ou infiltration d’eau dont on n’a aucune idée de l’origine, une panne de moteur, … Et puisqu’on a envie de faire le maximum de réparations nous-mêmes, ça nous demandera du temps pour rechercher la bonne solution. D’un point de vue individuel ensuite, vivre dans un espace restreint, changer radicalement de style de vie, être confronté à l’isolement lors de longues navigations, … Tous ces éléments nous permettront de découvrir de nouvelles choses sur nous-mêmes et sur notre couple. Et bien sûr, il y a énormément de situations de navigation auxquelles on n’a pour le moment pas été confronté: un accostage ou mouillage dans un endroit que l’on ne connaît pas, naviguer suffisamment loin des côtes pour ne plus parvenir à les voir, un changement de voile en pleine nuit car les conditions ont changé, la traversée d’un océan, … Ah on ne vous l’avait pas dit? On envisage de traverser l’Atlantique en décembre 2019, et ne pas nous limiter à cet océan. Quand on vous disait qu’on aimait les défis!

On est convaincu que partir en tour du monde à la voile nous apportera énormément, et que le positif supplantera les galères. On a donc hâte de se lancer dans cette aventure à temps plein.

Kerguelen entre Brest et Dunkerque

Démarche écologique et responsable

On le mentionnait plus haut: on a toujours aimé voyager, et on a longtemps utilisé l’avion comme moyen de transport principal pour nos voyages. Mais c’est malheureusement loin d’être l’unique élément contribuant à notre empreinte carbone catastrophique. Entre 2016 et 2018, j’ai voyagé près de 50% de mon temps pour le boulot, prenant le train quand la destination le permettait, mais l’avion bien trop souvent à mon goût. Jérémy n’est pas en reste bien sûr avec plusieurs vols longs courriers pour le boulot. Mais il faut aussi souligner qu’on a opté pour un style de vie nécessitant des aller-retours hebdomadaires entre Lille et Paris et 145 kilomètres parcourus au quotidien quand je n’étais pas en déplacement pro. Quand on additionne nos trajets pro et privés, les résultats font peur…

  • Pour 2018 uniquement, et alors qu'on a pris des congés sans pour autant partir en voyage du fait de l'achat de notre voilier, notre couple a émis 20,12 tonnes de CO2, soit 11,18 fois ce que la Terre peut supporter par an et par personne pour stopper l'accroissement de l'effet de serre.

(source: goodplanet.org)

On se dit préoccupés par l’état de notre planète et on a tendance à avoir la critique facile envers nos concitoyens. Et pourtant, on est des gros pollueurs depuis bien trop longtemps. Alors c’est bien beau d’avoir l’ambition de voyager à temps plein, mais encore faut-il être à l’aise avec ce que ça implique. Et aujourd’hui, on n’est plus suffisamment à l’aise avec les déplacements réguliers en avion et leurs répercutions environnementales. Voyager en voilier plutôt qu’en avion ou en van représente donc un premier pas vers une démarche écologique et responsable.

Mais ça ne s’arrête pas là. Qui dit navigation dit changement de style de vie important. Et ça nous incitera à modifier un certain nombre d’habitudes que nous avions avant d’embarquer dans cette aventure pour -enfin- avoir une approche plus responsable.

Le second volet de notre démarche écologique est donc directement lié à nos habitudes de consommation. Sans entrer dans un débat philosophique sur notre société de consommation, on a conscience d’avoir accumulé suffisamment de choses au cours des 8 dernières années pour remplir entièrement deux appartements. Et on est sûr à 100% que, lorsqu’on videra nos apparts, on redécouvrira des objets que l’on a depuis des années et qu’on avait oubliés depuis longtemps. Notre emménagement à bord de Kerguelen avant notre départ en tour du monde nous pousse donc à revoir ce qui est réellement important pour nous.

On a commencé à diviser toutes nos possessions en trois catégories: ce qu’on emmène à bord dans nos aventures, ce qu’on souhaite retrouver à notre retour et qu’on entreposera chez nos parents, et le reste qu’on vendra avant notre départ. Et bien je vous garantis qu’on possède surtout des choses tombant dans la catégorie « à vendre ». Faites un test simple chez vous: ouvrez les penderies et armoires où sont rangés vos vêtements et sélectionnez uniquement ce que vous parvenez à ranger dans un carton – parce que oui, on emmènera surement l’équivalent d’un carton d’affaires par personne à bord. Je doute que cela représente la majorité de vos vêtements.

Remontée de Kerguelen de Brest à Dunkerque

On a également de plus en plus conscience de l’usage toujours trop important qu’on a dans notre quotidien de produits à utilisation unique. Bien qu’on ait déjà limité voire totalement supprimé l’utilisation des cotons-tiges en plastique, de l’essuie-tout (ou Sopalin pour les Français qui nous lisent. Ndlr : Gaëlle est belge, excusez-la), des sachets plastique ou des cotons démaquillants, on peut encore faire mieux. Et il en va de même de notre surconsommation de plastique. Bouteilles d’eau (ou autres), produits d’hygiène et cosmétiques, (sur)emballages, … Même s’il existe des alternatives durables, nous sommes loin d’être des élèves modèles en la matière. La gestion de l’espace restreint du bateau couplée à la gestion des déchets à bord nous offrent une occasion parfaite de repenser nos habitudes. 

Et puisqu’on parle de changement d’habitudes… Notre alimentation va bien sûr évoluer lors de notre tour du monde. Et ça ne sera pas (uniquement) du fait de la découverte de la cuisine locale au gré de nos escales puisqu’on l’a d’ailleurs déjà observé lors des week-ends passés à bord de Kerguelen. Jusqu’à présent, nous avons été des clients réguliers des chaînes de distribution grand public, cuisinant peu de produits frais et privilégiant un lieu unique – Picard –  pour nos courses hebdomadaires soi-disant au nom de l’efficacité. Mais si on est honnête deux minutes, cette approche seule a eu un impact affligeant sur pas mal d’éléments repris ci-dessus: empreinte carbone issue du transport des produits, production insensée de déchets à cause du suremballage, accumulation de produits dans nos placards, … Et si on mentionne en plus qu’on consomme assez régulièrement de la viande… On cumule.

Voilier Kerguelen devant Dunkerque MSC

Alors oui, on aurait pu changer notre alimentation sans pour autant embarquer dans cette aventure à bord d’un voilier… Mais on ne l’a pas (encore) fait – et ça aurait été moins marrant quand même. Une fois en mer, on n’aura plus accès à n’importe quel service de livraison ou à un quelconque restaurant aussi facilement qu’aujourd’hui. On aura 2 réchauds (et peut-être un four… si on investit), mais rien d’autre. On aura un frigo qui ne sera pas branché en permanence et pas de congélateur. On aura fait le plein de fruits et légumes frais et locaux, sans oublier les conserves (parce que les produits frais ne survivent pas à 3 semaines de navigation). On ne mangera presque pas de viande et on pêchera le poisson qu’on préparera pour compléter notre repas, il faut dire que c’est compliqué de faire plus court comme circuit pour le coup. En bref, on mangera indéniablement plus sainement et d’une manière plus responsable qu’aujourd’hui. Et qui sait… Peut-être qu’on lancera une section « Recettes de cuisine à bord » sur le blog!

Et finalement, le troisième axe de notre démarche écologique et responsable est directement lié à la gestion et la production de l’énergie à bord. Outre le fait qu’on se déplacera grâce au vent et non pas grâce à un moteur la plupart du temps, nous produirons notre propre énergie à bord en installant des panneaux solaires – et peut être un hydrogénérateur. L’électricité produite de cette manière nous permettra de recharger nos batteries sans devoir régulièrement allumer le moteur, et donc d’utiliser les instruments de navigation à bord, mais aussi le frigo, les lumières, les prises 12V pour recharger notre matériel informatique et photo, … Être (presque totalement) autonome en terme d’énergie est un accomplissement de taille pour nous, et nous somme vraiment fiers de prendre ce tournant.

Voilier Kerguelen à Dunkerque
Voilier Kerguelen à Dunkerque

Dès le premier cours sur l’eau, partir découvrir le monde à bord de notre voilier a été une évidence pour nous. Cela semble en effet répondre à tous les points qu’on valorise de plus en plus et autour desquels on souhaite repenser notre style de vie:

  • Mettre le voyage et la découverte au centre
  • Passer plus de temps ensemble et partager le même espace de vie
  • Ralentir le rythme et prendre le temps
  • Avoir un style de vie plus sain en général
  • Nous engager pour des causes qui nous sont chères
  • Sortir de notre zone de confort ailleurs qu'au travail
  • Passer du temps sur ou à proximité de l'eau
  • Côtoyer des cultures différentes
  • Profiter des expériences du quotidien, aussi petites soient-elles

On espère que suivre nos aventures vous inspirera et vous donnera l’envie de vous aussi suivre vos rêves !

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17 réflexions au sujet de « Tour du monde à la voile : on quitte tout ! »

  1. Cela fait du bien de vous lire … nous on partira en 2021 … continuer à alimenter mes rêves , et mes projets … les rêves ne sont beaux que lorsque l on peut y croire et pour y croire ils faut qu une partie d entre eux deviennent réalité .. à bientot .. jacques

  2. Très bel article, j’y retrouve des concepts que j’ai pu confirmer lors de mon voyage à la voile :
    Une autre mesure du temps et « ne pas se téléporter à l’autre bout du monde » : rien de plus choquant que de reprendre l’avion après un tel voyage, on a soudainement l’impression que la planète tient dans google maps ! Pour le dépassement personnel ; c’était ma psychothérapie, c’est bon de savoir qu’on peut faire plein de choses, même s’il n’y a pas d’application pour ça. Encore d’accord en ce qui concerne la distance qu’on peut prendre par rapport aux biens matériels, malgré qu’il y en a un gros (le bateau) qui sera votre précieux. Un point épineux, c’est « Happines is the way », car nous venons d’une société tellement stimulante, que je n’ai pas du tout réussi à me détacher du concept d’objectif. J’imagine que c’est simplement la destination suivante, mais il faut savoir pourquoi on part (à la recherche de quoi), où et pour combien de temps. C’est clair que ça peut changer 1000 fois en cours de route, mais ça me semble important. J’ai vu beaucoup de gens qui se sont perdus en route et se retrouvent échoués au soleil, vides.
    Bon vent, have fun.

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