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Sailing Kerguelen

Quand les choses ne se passent pas comme prévu…

Quand les choses ne se passent pas comme prévu…

Lorsqu’on a le projet de partir en tour du monde à la voile, on a le sentiment que l’emménagement à bord du voilier marque le début de l’aventure et que le départ est imminent. Nous avons quitté nos jobs le 26 avril 2019. Depuis, l’aventure a bel et bien commencé. Mais pas spécialement selon les plans que nous avions établis. Dans cet article, nous revenons sur notre plan de départ, les décisions que nous avons dû prendre en cours de route, les inconnues avec lesquelles nous avons jonglé, et comment tout ça a impacté notre projet. Et, puisque vous êtes nombreux à nous poser la question, nous partageons également avec vous des nouvelles en temps réel du fait de la crise sanitaire liée au coronavirus.

La réalité nous rattrape

En nous lançant dans cette belle aventure, nous avions un objectif clair : traverser l’Atlantique en décembre 2019. Pour cela, nous avions un plan précis des préparatifs, travaux et formations à faire avant notre départ de Dunkerque. Nous étions confiants et ne doutions pas que, bien que la liste soit longue, nous en verrions le bout sans souci.

Sous Kerguelen

Comme vous le savez, nous ne connaissions rien au monde de la voile lorsque nous avons débuté ce projet et Kerguelen est notre premier voilier. Voilà donc ce que nous avions en tête pour 2019 : fin de nos jobs en avril, emménagement à bord en mai, contact avec les artisans et chantiers en mai également, travaux en juin, pour un départ de Dunkerque mi-juillet.

C’était bien naïf de notre part. Car ce programme ne prenait absolument pas en compte le planning des artisans et chantiers dont nous avions besoin. Nous nous sommes en effet rapidement rendus compte qu’ils avaient tous leur planning rempli pour la saison dès le mois de mars et qu’une bonne partie d’entre eux était également en vacances en août. Par exemple, lorsque nous avons contacté plusieurs fabricants de portique (une installation en inox à l’arrière du bateau afin d’y positionner des panneaux solaires notamment) au mois de mai, le retour était unanime : il fallait compter un délai de 5 semaines à partir de mi-septembre. Impossible de faire mieux au vu de leur carnet de commandes déjà bien rempli. Et cela valait également pour d’autres changements à apporter à bord.

Nous étions confrontés au premier obstacle du projet. Très rapidement, nous avons mis à plat les questions qui nous assaillaient. De quoi avons-nous impérativement besoin pour partir ? Est-il possible de quitter Dunkerque puis de faire une partie des travaux et aménagements sur la route ? Voulons-nous traverser l’Atlantique cette année à tout prix ? Est-il possible de quitter Dunkerque et de nous poser quelque part entre la France et le Cap Vert pour l’hiver ? Voulons-nous profiter de chaque escale ou accélérer la cadence ? Et si nous ne partons pas cette année, que faisons-nous ?

S'adapter et adapter le programme

Bien que nous nous soyons lancés dans un projet un peu fou, nous estimons le faire d’une manière réfléchie. Alors, même si l’envie de traverser l’Atlantique est forte, nous nous rendons à l’évidence : ce ne sera pas pour 2019. Le voilier n’était pas prêt et faire les travaux nécessaires dans un port inconnu sans connaître qui que ce soit sur place nous semblait ajouter une difficulté supplémentaire dont on pourrait se passer.

Et puis, en tout honnêteté, nous non plus n’étions pas prêts. Nous n’avions navigué que quelques jours depuis notre emménagement et nous n’avions jamais quitté le port pour plusieurs semaines. Il aurait donc été étrange de quitter Dunkerque pour de bon sans avoir testé ou ne fut-ce qu’entr’aperçu cette vie nomade au rythme de nos envies qui nous attire tant. Mi-juillet 2019, nous décidions donc de reporter notre départ et la traversée de l’Atlantique à 2020, de naviguer les mois à venir, de laisser le voilier passer l’hiver à Dunkerque pendant que nous profiterons de la chaleur et du confort d’une maison, et enfin de revenir à bord au printemps (aussi appelé « Plan B »).

Jérémy, au milieu de la traversée de La Manche

Cette décision étant prise, libre à nous de changer complètement de programme de navigation. Et celui-ci s’est imposé à nous assez rapidement : nous attendrons la bonne fenêtre météo pour traverser la Manche pour la première fois et passer quelques temps au Royaume-Uni. L’idée initiale était de remonter la côte est jusqu’à Edimbourg où nous avons des amis, puis jusqu’à Inverness pour ensuite emprunter le Canal Calédonien qui traverse l’Ecosse jusqu’à Fort Williams. Nous aurions ensuite explorer les côtes ouest et sud avant de revenir à Dunkerque. Cela nous permettait de quitter Dunkerque pendant plusieurs semaines, de prendre en main notre voilier sans connaître les zones de navigation ou même les ports où nous serons, et d’être confrontés aux conditions météo changeantes et nous adapter en conséquence.

Et nous ne pensions pas si bien dire…

Si vous suivez nos aventures (quasi) en direct sur les réseaux sociaux, vous savez que nous avons essuyé des conditions de navigation peu agréables le long des côtes anglaises. Après une semaine, et ayant atteint Lowestoft qui est le point le plus à l’est du Royaume-Uni, un nouveau dilemme se posait : continuer au nord comme prévu quitte à essuyer une météo désagréable ou changer de plan et naviguer ailleurs ? Nous n’hésitons pas longtemps. Une nouvelle fois, nous nous adaptons et nous décidons de mettre le cap vers les Pays-Bas pour ensuite naviguer sur la fameuse Standing Mast Route.

Profiter de l'accalmie

Au final, ce plan B se déroule assez bien. Nous nous sentons de plus en plus à l’aise à bord de Kerguelen et trouvons facilement notre rythme à bord d’escale en escale. Et pour ne rien gâcher, la navigation et les escales aux Pays-Bas sont de véritables coup de cœur. Nous regrettons presque de ne pas avoir navigué sur les eaux néerlandaises plus tôt. Après quatre semaines, nous reprenons la route vers Dunkerque où nous réceptionnons notre nouvelle grand-voile et où nous construisons notre portique afin d’y positionner des panneaux solaires au printemps.

Les canaux des Pays Bas en voilier

Début novembre, et après avoir préparé Kerguelen pour l’hiver, nous allons en Ardèche où nous resterons jusqu’au printemps. Le programme de travail de l’hiver est clair : suivre différentes formations utiles au projet, faire des recherches et comparatifs du matériel et de l’équipement à acheter au printemps pour finir de préparer le voilier avant le départ, explorer des pistes de travail à distance sur du long terme, et écrire sur le blog.

Nous avons repris nos marques dans un espace qui ne bouge pas même s’il y a beaucoup de vent. Notre maison sur l’eau nous manque, mais nous apprécions de ne plus nous faire réveiller par les gouttes de condensation qui tombent sur nos visages du fait de la différence de température entre l’extérieur et l’intérieur du voilier. Parce qu’il faut dire qu’il faisait vraiment froid sur la fin… La bouillotte était devenue notre meilleure amie ! Le confort de la vie à terre nous met du baume au cœur. Et même lorsque nous suivions la traversée de l’Atlantique de copains avec une pointe d’envie, nous étions convaincus d’avoir pris la bonne décision.

Après avoir suivi une formation de premiers secours, nous comptions suivre les formations de mécanique Diesel et électricité marine avec Escale Formation Technique et obtenir le CRR avant de retourner à bord de Kerguelen. Le 15 avril 2020, nous devions quitter l’Ardèche.

Mais ça, c’était sans compter sur la pandémie à l’échelle mondiale causée par le coronavirus actuellement.

Un plan B remis en question par le coronavirus

Nos craintes ont été confirmées le 16 mars dernier par le Président de la République. La France entrera en confinement strict dès le lendemain et seuls les déplacements absolument nécessaires seront autorisés. Est-ce que traverser la France pour retourner à bord de notre voilier peut être considéré comme « absolument nécessaire » ? Malheureusement, non.

C’est la douche froide. Voilà que notre plan B est maintenant remis en question par une crise sanitaire. C’est évidemment totalement en dehors de notre zone de contrôle ou même d’influence. L’incertitude fait partie du quotidien car qui peut prétendre savoir comment les choses vont évoluer et combien de temps le pays appliquera des mesures exceptionnelles ? A l’heure où nous écrivons cet article, un déconfinement progressif semble envisageable après le 11 mai 2020. Mais nous ne savons pas encore ce que cela signifie concrètement et de quelle manière cela impactera la suite de notre projet de départ. 

La marina en centre ville de Veere

Evidemment, nous comprenons l’urgence de la situation et la nécessité de respecter les mesures de distanciation physique. Cela ne nous empêche cependant pas de passer par une palette d’émotions depuis le début du confinement. Comme pour beaucoup d’entre nous probablement, la peur, la gratitude, l’incompréhension, la colère, l’admiration, l’ennui, la tristesse, et bien d’autres émotions se mélangent au fil des jours. 

Et au milieu de tout ça, l’incertitude exceptionnelle de la situation nous force à faire face à des questions difficiles.

Quand sera-t-il possible de circuler « normalement » en France pour retrouver notre voilier ? Est-ce que la circulation entre la Belgique et la France sera autorisée en même temps afin qu’on puisse récupérer nos voiles, notre matelas, et plein d’autres choses importantes qui se trouvent chez ma famille en Belgique ? De quelle manière les activités nautiques reprendront-elles ? Quand sera-t-il possible d’effectuer les travaux nécessaires avant le départ vu la quantité importante de sollicitations que les artisans et experts nautiques auront en très peu de temps ? Pourrons-nous suivre les formations que nous voulions avoir avant le départ ? Est-ce que la fermeture des frontières de pays de ce côté ou même de l’autre côté de l’Atlantique compromet notre programme à long terme ? Nous qui voulions prendre le temps à chaque escale, sera-t-il nécessaire de changer d’approche pour quelques temps ? Etant soumis à la météo et aux courants, quel port ou mouillage sera-t-il réaliste d’atteindre fin 2020 ? Est-il envisageable de ne pas partir cette année alors que nous avons déjà reporté le départ d’un an ?

La seule chose que nous puissions faire à l’heure actuelle, c’est d’émettre des hypothèses et d’envisager le pire scénario possible. Mais nous ne serons pas en mesure de prendre une quelconque décision et de dessiner les contours de notre plan C tant que nous n’aurons pas une vue claire sur quand et comment le déconfinement se déroulera.

Bien sûr, cela ne nous réjouit pas, nous sommes stressés, et nous craignons de devoir prendre une décision compliquée dans les semaines ou les mois à venir. Mais cette fois encore, nous adopterons une approche réfléchie, prudente et de bon sens.

En attendant, il ne nous reste plus qu’à faire preuve de patience… et espérer.

Notre approche pour s'adapter en continu

Chacun d’entre nous réagit différemment face à l’imprévu et au changement. Il n’y a donc pas de recette unique pour parvenir à s’adapter. Par exemple, Jérémy reste très factuel peu importe la situation, alors que je vais être envahie par les émotions avant d’être en mesure d’avoir une approche rationnelle. La clé est néanmoins d’avoir une bonne connaissance de son mode de fonctionnement et de ses besoins face à l’imprévu afin d’être armé(e) pour naviguer toute situation complexe.

Nos clés pour s'adapter

Dans les périodes de gros chamboulement comme celui-ci, il n’est pas rare qu’une situation paraisse sans issue. Il est également possible d’être freiné(e) ou d’avoir peur du regard des autres. « Que vont-ils penser si on change nos plans ? ». Mais finalement, les autres ne vivent pas la même situation que nous ou, si la situation est la même, ils ne la vivent et ne l’expérimentent pas de la même manière. Il n’y a donc que nous qui sommes maîtres de nos décisions. Pour m’affranchir de ces freins et peurs, je m’accroche à la vision que j’ai de notre projet sur le long terme.

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14 réflexions au sujet de « Quand les choses ne se passent pas comme prévu… »

  1. Bonsoir.
    Bel article je suis un peu dans votre position en cours d’achat d’un voilier à venise. Mais effectivement reporté.
    Ne lâchez rien surtout pas le grand départ il ne faut pas vivre avec des regrets.
    Courage à vous 2.

  2. Courage les copains,

    C’est frustrant, mais parfois les changements de plans sont aussi sources de découvertes… (On se rassure comme on peut). Mais on vous comprend, nous sommes un peu dans la même situation que vous finalement avec le bus :/ La situation pousse à la créativité, vous allez rebondir !

    1. Hehe, c’est sûr qu’on se lance dans des trucs improbables depuis le début du confinement. Et le contexte d’incertitude pour le futur nous pousse à être créatifs et à envisager d’autres plans. Mais même si on se rend compte qu’on est loin d’être à plaindre, on a quand même hâte de retrouver notre maison qui flotte ! Vous aussi vous êtes bloquées en ce moment ou vous pouvez quand même avancer dans votre préparation du bus ?

  3. Bonjour l’équipage.
    C’est compliqué, beaucoup de paramètres ont changé et d’autres décisions devront être prises malheureusement. Ce foutu virus est une vraie saloperie. Je pense que beaucoup de choses ne seront plus comme avant. Mes projets sont aussi quelque peu bouleversés. Mais nous ne pouvons pas en devons pas baisser les bras. Nous devons garder confiance et aller au bout de nos projets, au bout de nos rêves. Patience les amis, profitez de cette période pour préparer mieux encore votre voilier, votre formation. Gardez confiance. Bon vent.

  4. Exactement dans la même situation 😊 le bateau est à antibes. Dans l’attente des nouvelles informations. Mais apparemment, je pense naviguer en méditerranée côté français, au moins jusqu’en septembre…

  5. Coucou Gaëlle,
    J’espère que cette aventure s’est bien terminée pour vous. En lisant votre article, j’ai eu l’impression de naviguer avec vous. Je vous souhaite pleine de bonnes choses pour la suite. Ciao.

    1. Merci pour vos bonnes ondes Chantal ! Nous sommes maintenant de retour à bord et nous attendons une bonne fenêtre météo pour faire cap vers la Bretagne pour cette saison. Entre-temps, nous continuons de préparer Kerguelen pour le « grand » départ début 2021 🙂

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A propos

Nous sommes Gaëlle et Jérémy, un couple de trentenaires et nous avons tout quitté pour vivre à temps plein sur notre voilier Kerguelen.

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