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Finsulate : on installe un antifouling écologique sur Kerguelen !

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Dunkerque

Finsulate : on installe un antifouling écologique sur Kerguelen !

On ne pouvait pas y échapper cette année : le chantier au port à sec. Au programme : on contrôle les oeuvres vives, on gratte, on ponce, on polish, et on en profite pour installer un antifouling innovant : Finsulate ! Kerguelen est notre projet de vie, nous nous devons d’être en adéquation avec nos valeurs et respectueux de l’environnement. Alors qu’est-ce Finsulate ? Comment ça fonctionne ? Comment installe-t-on du Finsulate ? Quel est le prix de cet antifouling écologique ? Quelle est sa durée de vie ? On vous détaille tout dans cet article.

Un antifouling, c'est quoi ?

Si vous n’êtes pas familiers avec le monde du nautisme, alors une petite clarification s’impose. La coque d’un voilier sur sa partie immergée n’est pas à nue. Si vous regardez les bateaux à quai, vous verrez au niveau de la ligne de flottaison une couleur différente du blanc de la coque (ou bleu parfois) sur sa partie visible. C’est de ce produit qu’est couvert la coque du bateau sous l’eau : l’antifouling.

Un antifouling est une sorte de peinture qui recouvre donc la partie immergée de la coque. Son but est d’empêcher les organismes marins de s’accrocher. Imaginez que vous vous trimballiez avec quelques kilos de moules en-dessous de la coque, c’est parfait pour des moules-frites, mais très moyen pour la navigation. Il n’y a pas de magie derrière un antifouling classique, et il est chargé en biocides. Autrement dit : il tue les organismes vivants qui s’en approchent. Pire, l’antifouling se dégrade avec le temps et se « diffuse » dans les eaux au fur et à mesure que l’on navigue. Je n’ai plus les chiffres précis en tête et je préfére ne pas m’avancer là-dessus sans en être certain, mais un litre d’antifouling peut contaminer quelque chose comme plusieurs centaines de litres d’eau de mer.

Naviguer sur un voilier, à la force du vent, au milieu des dauphins, des phoques et des oiseaux, c’est cool. Mais si on le fait en dégradant tout cet écosystème, ça devient tout de suite moins cool. On s’est donc rapidement mis à chercher un antifouling écologique.

On découpe du Finsulate

A la recherche d'un antifouling éco-responsable

Vivre à temps plein sur Kerguelen et sur les océans est un projet de vie. Nous tenons donc – et ce n’est pas toujours simple – à respecter notre environnement le plus possible. Même si nous avons revu nos habitudes de consommation depuis notre emménagement à temps plein à bord, nous ne voulions pas nous arrêter à ça dans notre démarche. Avoir une approche la plus éco-responsable possible lors de nos travaux à bord était également un point important pour nous. Mais probablement plus complexe que pour la vie de tous les jours.

En juin, nous avons passé 3 semaines au chantier du port à sec avec une liste précise des travaux à effectuer. L’une des tâches d’entretien classique d’un voilier, c’est son antifouling. Mais, comme mentionné précédemment, les solutions classiques sont loin d’être en phase avec ce que nous souhaitions faire. Quelques semaines avant de sortir le bateau de l’eau, nous sommes donc tout simplement allé sur Google et avons cherché « antifouling écologique ». Nous avons aussi parcouru la presse spécialisée à la recherche de comparatif sur les solutions innovantes et alternatives aux antifouling classiques. Autre axe de recherche : le Nautic Paris en décembre dernier, qui nous a permis de rencontrer en personne certaines entreprises qui développent ces produits novateurs.

Rapidement, plusieurs noms sont revenus : MacGlide, Finsulate, une protection par ultrason, et Coppercoat entre autres.

Nous nous étions arrêtés sur le stand MacGlide au Nautic 2019 et le produit, en bandes auto-adhésives, paraissait super intéressant. Mais nous ne sommes pas partis sur cette solution pour une raison principale : le prix. Près de 3500€ pour installer le MacGlide sur notre voilier, c’était rédhibitoire. Car même si le produit est garanti 5 ans, l’investissement reste malheureusement significativement plus élevé que le coût de 5 années d’entretien antifouling classique, sans un recul énorme sur l’efficacité du produit.

L’installation à ultrasons nous a rendus très curieux. Cependant, le fait de devoir installer tout un système électrique sur le voilier (et de devoir l’alimenter en permanence donc) ne nous a pas séduits, même si le système consomme très peu. A cela s’ajoute le fait qu’on voyage avec Monsieur Chat, et nous n’avons aucune idée si ces deux éléments auraient fait bon ménage à bord.

Le Coppercoat, un produit à base de réside epoxy sans solvant chargée de poudre de cuivre en très forte concentration, est probablement celui dont la promesse sur le papier semble la plus attrayante : 10 ans d’efficacité au moins ! En cherchant un peu plus d’informations, cet antifouling serait comparable à un antifouling à matrice dure (en opposition à un antifouling érodable) qui ne se dégrade donc pas dans l’eau. Cependant, l’oxyde de cuivre n’a probablement pas un effet très positif sur les organismes tentant de s’accrocher à la coque. Donc même s’il est très certainement moins nuisible à l’environnement qu’un antifouling classique, nous pensons pouvoir aller un pas plus loin dans la démarche.

Vous l’avez donc compris, nous nous sommes dirigés vers le Finsulate.

Finsulate, un antifouling écologique et sans biocide

Sur le papier, la promesse est belle : un antifouling sans biocide et 100% respectueux de l’environnement. Mais concrètement, ça veut dire quoi ? Finsulate se présente en bandes adhésives et est constitué de fibres de Nylon. Et c’est cette texture particulière qui empêche les organismes de s’accrocher à la coque d’un bateau, sans aucun rejet toxique dans l’océan donc. Le reste du produit se compose d’un film en polyester et d’une colle bi-composant à base d’eau, ne contenant ainsi aucun produit néfaste. Cerise sur le gâteau, le tout est recyclable. Et ça, c’est drastiquement différent de tout ce qu’on a observé sur les chantiers !

Une dizaine d’années a été nécessaire à Rik Breur pour développer la solution Finsulate telle qu’on la connaît aujourd’hui. Il a d’ailleurs récemment été élu inventeur de l’année 2019 sur le segment PME !

Le produit est innovant, et les curieux sont nombreux. Les sceptiques aussi. Le monde de la voile est un monde où les convictions sont nombreuses et certains vieux loups de mer vous garantiront que rien ne remplacera le bon vieux antifouling classique et que rien ne sera aussi efficace. Alors qu’ils n’auront très probablement jamais approché ou même entendu parler d’un bateau équipé d’un antifouling alternatif.

Finsulate est effectivement un produit assez nouveau, sans le recul que l’on peut avoir sur les antifoulings classiques. Malgré ce côté novateur, le produit équipe des bateaux (marine marchande, bateaux à moteur et voiliers) depuis plusieurs années, et les retours sur le moyen terme sont pour le moment bons. Car après tout, si personne ne se lance, nous n’aurons jamais aucun recul sur ces produits qui peuvent réduire notre impact néfaste sur la planète.

C’est comme ça que nous nous retrouvons un beau jour de juin à accueillir Marion Padioleau, représentante du produit en France, pour installer le Finsulate sur Kerguelen.

Finsulate en détails

Comment préparer la coque pour y installer le Finsulate ?

La bande adhésive du Finsulate se compose d’une colle bi-composant à base d’eau développée par 3M. Cette colle adhère à la surface par polymérisation; il faut donc préparer la coque en y appliquant un primaire à base d’Epoxy. 

Lorsque nous avons sorti Kerguelen de l’eau, nous ne savions pas vraiment à quoi nous attendre. Même si durant l’expertise, tout avait l’air en parfait état, nous voulions gratter jusqu’au gel coat pour en être certains. Kerguelen a 15 ans, et on se demandait on ne trouverait pas 15 couches de primaire et d’antifouling… Il nous a fallu seulement quelques minutes pour nous rendre compte que la coque était saine : seulement 1 ou 2 couches d’antifouling, idem pour le primaire sous lequel on a retrouvé la couche initiale de traitement anti-osmose. Etant donné la couleur de ce traitement, on a supposé qu’il s’agissait du Gel Shield de chez International, avec sa couleur verte si reconnaissable. On a donc rapidement changé de plan : on ne gratte plus jusqu’au gel coat, on garde cette couche de traitement anti-osmose (vu le prix, ce serait dommage de la faire disparaître !), et on applique par dessus le primaire epoxy.

Le primaire epoxy est un primaire bi-composant (avec une base et un durcisseur à mélanger avant de l’appliquer) qui s’applique en plusieurs couches. Il faut d’ailleurs bien faire attention et se référer aux notices d’utilisation ! Pour ce primaire epoxy, plusieurs options se présentent. Chaque marque a le sien, mais les recommandations Finsulate vont vers de l’Interprotect ou du VC Tar 2 (existe en noir ou en blanc) de chez International. Nous n’avons pas lésiné sur les couches et en avons appliqué cinq, suivant ainsi les recommandations du fabriquant International pour un traitement anti-osmose.

Primaire Epoxy VC Tar 2

Comment s'installe le Finsulate ?

Le Finsulate se présente en rouleaux de 30 à 40 mètres de long pour 74 cm de large. Les rouleaux sont livrés prêts à être collés. Il suffit d’enlever le film protecteur pour découvrir la surface collante 3M, puis de l’appliquer sur la coque.

Première étape : dessiner les contours de notre voilier. Pour ça, on découpe deux longues bandes larges de 7 à 10 cm de la longueur de la ligne de flottaison et les appliquer. On découpe ensuite une longue bande qui sera appliquée de la proue du bateau jusqu’à la quille, puis de la quille jusqu’au safran. Cette étape n’est pas très complexe, mais elle est relativement longue car il faut s’appliquer et être précis pour bien suivre la ligne de flottaison. Il s’agit en effet du cadre de référence qui sera utilisé durant toute la pose.

Rouleaux de Finsulate
Découpe du Finsulate

Il est ensuite temps de s’attaquer au gros du travail : le recouvrement des côtés ! C’est là que ça devient un peu plus complexe. D’une part les bandes sont très larges, et très longues. Etre trois n’est pas de trop pour les appliquer. Attention également car la colle 3M colle super bien, et super vite ! Le repositionnement est possible, mais pas à l’infini. D’autre part, la coque est courbée – forcément, on est sur un bateau. En commençant par le bas, le milieu a tendance à se coller avant que l’on ait pu s’assurer que le haut arrivait au bon niveau, vous voyez le truc ! La courbure crée également des nervures à certains endroits. Rien d’inquiétant même s’il faut éviter.

Une fois la première bande posée, on utilise la technique de recouvrement. Cela signifie que la seconde bande posée recouvre de quelques millimètres la première bande posée, et ainsi de suite. Il n’y a donc aucun produit supplémentaire ou « joint » appliqué entre les bandes de Finsulate.

Il nous a fallu quelques bandes pour attraper le coup de main. La meilleure technique de pose pour nous ? Ne commencer ni par le haut de la bande (côté ligne de flottaison), ni par le bas (sous la coque), mais par le milieu de la bande, en découpant grossièrement le film protégeant la colle 3M. De cette manière, on peut facilement vérifier qu’on positionne l’intégralité de la bande correctement avant qu’une zone trop importante ne colle. Une fois fait, on colle et on maroufle le milieu de la bande (horizontalement). A ce moment-là, on a tout le temps nécessaire pour appliquer parfaitement le haut, maroufler, puis coller le bas, et maroufler à nouveau. Avec cette technique, nous avons posé six bandes Gaëlle et moi, sans aucune aide extérieure, et les bandes étaient impeccablement posées, sans aucune nervure.

La pose se fait de l’arrière du bateau vers l’avant, de sorte à ce que le léger recouvrement entre les bandes soit naturel pour l’écoulement de l’eau, qui lui est d’avant en arrière. Il ne faut pas oublier le safran et la quille, qui sont à recouvrir de la même manière que le reste.

Une fois la pose terminée, il faut couper l’excédent du recouvrement entre chaque bandes avec un cutter et laisser le moins possible de « surplus ». Attention à ne pas trop en couper, cela risquerait de laisser un léger « jour » entre les bandes de Finsulate, et une moule risque d’y élire domicile.

Dépendant de la surface à recouvrir, la pose et les finitions nécessitent une à deux grosses journées de travail.

La quille de Kerguelen en Finsulate

Quelle est la durée de vie du Finsulate ? Est-ce un antifouling longue durée ?

C’est la question qui est sur toutes les lèvres : quelle est la durée de vie du Finsulate ? Au bout de combien de temps est-ce que je dois l’enlever ou en changer ? Pour le moment, Finsulate garantit ses produits 5 ans. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne dure que cinq ans ! Certains bateaux en sont équipés depuis plus et n’ont aucun problème avec.

Il est cependant possible qu’une bande (ou plusieurs) s’endommage suite à un impact, un échouement, ou autres imprévus lors de la navigation. Pas d’inquiétude, il ne sera pas nécessaire de refaire tout l’antifouling. Il est en effet possible de remplacer uniquement les bandes touchées ou même de mettre un simple « patch » de Finsulate si la zone endommagée est limitée.

Pose du Finsulate sur Kerguelen

Y'a-t-il un gain de vitesse avec Finsulate ?

D’après les premières recherches effectuées, il n’y aurait pas de gain de vitesse grâce au Finsulate, mais pas de perte non plus. La structure du Finsulate permettrait d’emprisonner une fiche couche d’eau, qui créerait donc une couche « eau sur eau » et ne ralentirait pas le bateau. Suite à nos premières navigation avec le Finsulate, nous n’avons rien noté de particulier du côté de la vitesse. Et pour être honnête, même si le produit nous faisait ralentir de 0,5 noeuds, ça ne nous changerait pas la vie puisque nous ne faisons pas de la régate 😀

Par contre, au fur et à mesure du temps, nous observerons probablement un maintien de la vitesse, contrairement à ce qu’un voilier pourrait rencontre avec un antifouling qui se serait déjà érodé, là où de notre côté nous n’aurions aucun fouling.

A noter que nous avons installé Finsulate sur notre voilier, mais il s’installe également sur les bateaux à moteur où le gain en essence est non-négligeable.

Comment se passe l'entretien de l'antifouling Finsulate ?

Le Finsulate n’est pas un produit magique, et il faut l’entretenir. Même si le gros des organismes marins ne viendront pas s’y accrocher, une fine pellicule de gras fera son apparition au fil du temps. Trois options donc :

  • soit on fait une plongée, avec une brosse ou une spatule, et on enlève cette pellicule graisseuse
  • soit, dans le cas où une sortie du bateau est nécessaire (pour autre chose que l’antifouling), on nettoie la coque avec un jet haute pression (jusque 200 bars) dès la sortie de l’eau
  • soit, toujours avec le bateau hors de l’eau, on laisse la pellicule de gras sécher un certain temps avant de la bosser

Quel est le prix du Finsulate ?

En France, Finsulate est annoncé à un prix public de 100€ le m², tout inclus : un professionnel se déplace pour poser le produit, le produit en lui-même, le matériel nécessaire à la pose.

Ce n’est clairement pas donné mais, outre l’aspect écologique bien sûr, on y trouve l’avantage principal de ne pas avoir à sortir le bateau de l’eau chaque année pour y appliquer un nouvel antifouling. Le fait que Finsulate soit un produit innovant joue aussi sur le prix : on en est au début du produit, en tout cas sur le marché grand public. Espérons qu’avec le temps il devienne plus abordable.

Et c'est quoi la suite ?

Maintenant que nous sommes connus à Dunkerque pour avoir poser de la moquette sous notre voilier, nous comptons bien suivre de près la manière dont le Finsulate se comporte sous notre coque. Nous mettrons donc à jour cet article très régulièrement pour vous donner notre retour sur le produit après 6 mois, 1 an, 1 an et demi, etc… Est-ce que l’entretien est facile ? Est-ce que le Finsulate se décolle ? Est-ce qu’une colonie de moule se développe sous notre coque ? On répondra à toutes vos questions. Si vous souhaitez que nos observations dans le temps répondent à d’autres questions, n’hésitez pas à les mettre en commentaires ou à nous contacter directement.

L'installation de Finsulate sur Kerguelen en vidéo

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3 réflexions au sujet de « Finsulate : on installe un antifouling écologique sur Kerguelen ! »

  1. Hello vous deux. Ca sera intéressant de savoir comment ça se comporte avec le temps. Le prix est effectivement pas donné pour des bateaux de plus grande taille, le budget pour un tour du monde n’est pas extensible.
    Comment fonctionne cet antifouling lorsqu’on doit sortir le bateau de l’eau et le laisser au sec pour plusieurs semaines ? Car pour les antifoulings classiques, dès qu’on est au sec un certain temps, il faut les refaire, ils ne sont actifs que dans l’eau.
    Bonnes préparations.
    voilier Silkap

    1. On va suivre ça de près effectivement et poster des news de temps à autre 🙂 Pour la sortie de l’eau, aucun problème, rien ne « sèche » avec cet antifouling.

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A propos

Nous sommes Gaëlle et Jérémy, un couple de trentenaires et nous avons tout quitté pour vivre à temps plein sur notre voilier Kerguelen.

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