Quitter Dunkerque et naviguer le long des côtes françaises

Quitter Dunkerque et naviguer le long des côtes françaises

Cela faisait un moment que nous en rêvions : prendre le large sans date de retour. Après avoir dû s’adapter à plusieurs reprises et reporter le départ de plus d’un an, le grand départ nous paraissait de plus en plus éloigné. Et pourtant, le 13 septembre 2021, nous avons laissé Dunkerque derrière nous. Et l’aventure a alors réellement commencé.

Derniers instants à Dunkerque

Quand on passe trois ans à préparer son départ, il est difficile de se rendre compte que le moment tant attendu approche. C’est en tout cas de cette manière que nous avons vécu nos derniers moments à Dunkerque.

Plusieurs signes ne trompaient pourtant pas : les copains qui passent pour un dernier apéro ou repas à bord, les au revoirs à la famille, l’apéro organisé avec toute l’équipe de Uship Bleu Marine pour les remercier de leurs bons conseils dans la préparation du voilier, le dernier repas avec nos copains de galère Pam et Claudia, le passage au Centre Régional de Voile de Dunkerque pour les remercier de leur super accompagnement ces trois dernières années et discuter des aventures qui nous attendent, … Mais finalement, les choses s’enchaînent, et nous réalisons une à une les dernières tâches logistiques de notre liste :

La veille du départ, ma sœur et sa fiancée passent la journée à bord et nous sortons en mer. Pour la dernière fois, nous appelons Dunkerque VTS sur le 73 et nous passons l’écluse Trystram. C’est d’ailleurs étrange de se dire qu’il y a trois ans, cette même écluse nous donnait des sueurs froides. Que de chemin parcouru ! Pour la dernière fois, nous allons saluer la sirène devant l’entrée du chenal. Pour la dernière fois, nous sortons le spi pour un long bord jusqu’à la frontière belge. Pour la dernière fois, nous observons Zuydcoote, Leffrinckoucke, et Malo-les-Bains depuis la mer avec émotion.

En fin de journée, nous remontons le chenal d’entrée du port de Dunkerque et nous nous amarrons pour la nuit. La dernière avant le grand départ. Et là, nous réalisons que ça y est, nous y sommes. Le moment tant attendu, c’est demain. “Encore un dodo” comme dirait notre nièce.

Larguer les amarres

Lundi 13 septembre 2021, 7h00. Nous nous réveillons à bord de Kerguelen et nous sentons immédiatement l’excitation monter. Après un petit déjeuner rapide, nous faisons nos dernières vérifications. C’est bon, le bateau est prêt, et nous aussi.

Rapidement, nous sommes rejoints par Pam et Claudia, deux Néerlandais propriétaires d’un Lagoon 40 baptisé “AiBO”. Nous les avions rencontrés six semaines plus tôt au ponton Uship où ils venaient faire réparer leur catamaran, et nous avions immédiatement sympathisé. Il faut dire que, quand on vit des galères au même moment, ça crée forcément des liens. Et cela nous touche qu’ils soient venus nous souhaiter bons vents.

C’est ensuite au tour de Philippe et Valérie de nous faire la surprise de nous rejoindre sur les quais quelques instants avant le départ. Ils nous avaient initialement contactés grâce au blog début 2020, et nous avions depuis beaucoup échangé concernant nos projets respectifs. Eux aussi propriétaires d’un Lagoon 40 baptisé “Odace”, ils partiront en effet quelques jours plus tard de Dunkerque vers le Portugal. C’est certain, nos chemins se recroiseront !

8h30. Le moment est venu de larguer les amarres et de nous diriger vers la sortie du port. Pour la dernière fois. Nous observons la jetée Est où a eu lieu l’évacuation de plus de 330.000 soldats alliés durant la Seconde Guerre Mondiale. Nous nous approchons du feu de Saint Pol, gardien de l’entrée du chenal, joliment éclairé par les lumières matinales. L’émotion est grande, et nous n’en perdons pas une seule miette.

Pour revivre notre départ de Dunkerque en direct, cela se passe ici !

Kerguelen au départ de Dunkerque

Naviguer de Dunkerque à Boulogne-sur-Mer

Lorsque nous avons planifié notre départ, nous n’avions aucun doute sur notre première escale. Nous adorons passer quelques jours à Boulogne-sur-Mer chaque année depuis que nous avons le bateau et l’équipe du port nous fait nous sentir comme à la maison. De quoi débuter notre périple en douceur.

13 septembre 2021 - 8h45

- Cap au 268°
- 7 nœuds de vent arrière
- Spi et grand-voile sortis
- Mer calme et bonne visibilité

Dès la sortie du port de Dunkerque, les conditions sont parfaites pour hisser le spi, une voile d’avant de 90 m². La mer est calme, il y a 7 nœuds de vent arrière et la visibilité est excellente. Cela annonce une belle journée.

Durant les premières heures de navigation, nous longeons le port industriel de Dunkerque puis Gravelines et Calais. Autant dire que le paysage n’est pas le plus sexy qui soit. Mais il ne s’agit pas de notre première navigation vers Boulogne, et nous savons que l’on va bientôt en prendre plein les yeux.

13 septembre 2021 - 11h40

- Cap au 263°
- 10 nœuds de vent au grand largue
- Vitesse de 6.5 nœuds

Et cela ne rate pas. Les falaises du cap Blanc Nez se profilent à l’horizon. Il s’agit d’un lieu où nous nous rendions lorsque nous étions enfants, et c’est toujours très particulier de l’observer depuis la mer. La première fois, nous partions pour traverser la Manche et nous avions profité du spectacle avec un sourire collé sur le visage. Depuis, nous les avons longées plusieurs fois, mais nous ne nous en lassons absolument pas.

13 septembre 2021 - 12h50

- Cap au 230°
- 14 nœuds de vent arrière
- Vitesse de 7 nœuds

Le vent forcit peu à peu au cours de la journée. Vers 11h30, 10 nœuds de vent sont dans les voiles, et nous avançons à 6.5 nœuds constants. Une heure et demie plus tard, 14 nœuds de vent sont établis et nous avançons à 7 nœuds constants, du jamais vu pour Kerguelen. Nous profitons de cette sensation incroyable. En voilà une belle récompense après avoir passé autant de temps à gratter la coque pour obtenir une base solide sur laquelle appliquer un nouveau primaire et l’antifouling.

13 septembre 2021 - 14h15

- Cap au 166°
- 16 nœuds de vent au grand largue
- Affalage du spi et sortie du génois
- Vitesse de 7 nœuds

Nous passons le cap Gris Nez et redoublons de vigilance. La zone est souvent minée d’un tas de casiers et filets de pêche, et il serait dommage d’en prendre un dans l’hélice.

Nous nous attendions à ce que le vent forcisse au cap et cela n’a pas raté. Nous décidons donc d’affaler le spi et de terminer cette journée sur l’eau avec notre génois, une voile d’avant de 35 m². Et malgré notre décision de réduire la voilure, Kerguelen maintient sa vitesse de croisière à 7 nœuds.

Après 41 milles nautiques parcourus en 6h30, nous arrivons à la marina de Boulogne-sur-Mer.

Il n’y a pas à dire : les conditions étaient tout simplement parfaites et le bateau avançait bien tout en étant très confortable. Il s’agit définitivement de notre meilleure navigation jusqu’ici. Et une excellente manière de débuter notre périple.

Résumé de la navigation
Dunkerque - Boulogne-sur-Mer

Kerguelen sous spinnaker

Faire escale à Boulogne-sur-Mer

Si vous nous suivez depuis quelque temps, vous savez que nous considérons Boulogne comme notre port de cœur. Nous vous avions d’ailleurs détaillé les raisons qui nous font aimer la ville mais aussi les gens sur place dans un article reprenant nos immanquables et coups de cœur. Impossible donc de partir à l’aventure sans faire escale ici une dernière fois.

Mais cette fois-ci, pas question de découvrir de nouvelles pépites du Boulonnais. Nous y sommes surtout pour retrouver les membres de l’équipe de la marina de Boulogne ainsi que de l’office de tourisme du Boulonnais. Quel plaisir de discuter avec eux autour d’un petit déjeuner et de les accueillir à bord de Kerguelen pour un verre. Comme toujours, leur accueil a été parfait, et ils nous ont même gâtés avec des produits locaux à déguster lorsque le mal du pays se ferait sentir… Si nous résistons à l’envie de les goûter tout de suite, évidemment !

Notre escale à Boulogne a également été l’occasion de faire la rencontre de plaisanciers allemands se dirigeant vers le sud. Henrik et Jona, à bord de leur voilier Finja, ainsi que Frances et Jannes à bord de Liva, deviendront des buddy boats que nous aurons le plaisir de croiser lors de plusieurs escales en France et en Espagne.

Naviguer de Boulogne-sur-Mer à Dieppe

Le 15 septembre, nous quittons Boulogne et nous nous mettons en route vers Dieppe. Une cinquantaine de milles nautiques séparent les deux ports. Les conditions pour prendre la mer ne sont pas parfaites mais, si nous ne partons pas ce jour, nous serons bloqués plusieurs jours par des vents défavorables. Qu’à cela ne tienne, nous nous lançons.

15 septembre 2021 - 8h30

- Cap au 204°
- 11 nœuds de vent au grand largue
- Génois et grand-voile sortis
- Houle arrière de 1 mètre

Dès les premiers instants en mer, nous nous rendons compte que cette journée n’aura rien à voir avec notre dernière navigation. Le vent constant de 11 nœuds au grand largue pourrait nous donner l’envie de sortir à nouveau le spi, mais une houle de trois-quarts arrière très désagréable nous dissuade rapidement. Le spi ne ferait que se déventer, ne nous ferait pas avancer, et risquerait de s’abîmer. Tant pis, ce sera une navigation sous génois. Enfin ça, c’est ce que nous pensions…

15 septembre 2021 - 9h40

- Cap au 144°
- 15 nœuds de vent au grand largue
- Auto-pilote ne fonctionne plus
- Vitesse de 5.5 nœuds

Une heure après le départ, notre auto-pilote ne fonctionne plus. C’est bien la première fois qu’il nous fait défaut et nous ne comprenons pas ce qu’il se passe. La houle ne nous permet cependant pas de nous lancer dans une recherche approfondie du problème en mer, et nous décidons donc de barrer à la main toute la journée. Yeah. Car si Jérémy aime barrer, je dois avouer qu’il ne s’agit pas de mon activité favorite à bord. Il prend donc naturellement plus souvent la barre que moi. Mais après plusieurs heures, la fatigue se fait sentir. C’est à ce moment-là que le vent a décidé de se faire la malle.

15 septembre 2021 - 12h30

- Cap au 220°
- 4 nœuds de vent au grand largue


Une navigation houleuse n’est pas forcément agréable, mais lorsqu’il y a de la puissance dans les voiles, ça se passe généralement bien. Lorsque le vent meurt peu à peu, le bateau ralentit évidemment, mais les voiles tiennent également de plus en plus difficilement en place du fait de la houle, nous ralentissant d’autant plus. Loin d’être une situation idéale. Et pourtant, nous nous acharnons. Mais la houle nous oblige à adopter un angle de moins en moins favorable pour nous diriger vers Dieppe, et les voiles tiennent de moins en moins.

Après 2h30 de lutte contre la houle, nous jetons l’éponge et nous allumons le moteur afin de parcourir les 25 milles nautiques restant.

C’est rincés que nous arrivons au port de Dieppe après une navigation de 58 milles nautiques en 10h30.

Résumé de la navigation
Boulogne-sur-Mer - Dieppe

Arrivée sur Dieppe en voilier

Faire escale à Dieppe

En 2020, nous avons passé deux mois à explorer les côtes normandes et nous avons fait escale dans presque tous les ports de Normandie. Dieppe n’a évidemment pas fait exception. Et si vous naviguez, vous appréciez probablement autant que nous d’arriver dans un port que vous connaissez. Vous savez où le ponton visiteur se trouve. Vous savez si les pontons sont plus ou moins hauts et donc à quel niveau positionner vos pare-battages. Vous savez si vous profiterez d’une douche agréable ou pas une fois au port. Et en bonus, vous saurez potentiellement où aller chercher quelques douceurs locales durant votre séjour.

Nous pensions initialement faire un Boulogne / Cherbourg en direct, mais nous sommes finalement heureux d’avoir quelques arrêts supplémentaires dans des ports où nous nous sommes déjà rendus avant de sauter dans l’inconnu.

À notre arrivée à Dieppe, nous avons la visite surprise des copains Alice et Flo, ayant réalisé un tour de l’Atlantique à bord de Vitavi. Habitant la région parisienne, ils ont décidé de passer quelques jours à Dieppe sur un coup de tête. Et nous, nous sommes ravis !

Nous passons les jours qui suivent à attendre la prochaine fenêtre météo qui nous permettra d’avancer. Les réveils sont brumeux mais le ciel se dégage assez rapidement et la météo est bonne. Après avoir solutionné notre problème d’auto-pilote, nous en profitons pour flâner dans des coins que nous n’avions que peu explorés l’année précédente. Rapidement, nous reprenons nos habitudes au port et dans la ville. Mais surtout, quel plaisir de retrouver les majestueuses falaises de la Côte d’Albâtre ! Nous les avions adorées lors de notre précédent passage ici, et il va sans dire que le charme opère à nouveau.

Naviguer de Dieppe à Fécamp

Et puisque nous aimons à ce point ces falaises, nous décidons d’en profiter une journée supplémentaire en les longeant jusqu’à Fécamp. Il s’agit d’une navigation d’une bonne trentaine de milles nautiques que nous avons déjà réalisée l’année précédente. Le 18 septembre, même si les conditions de vent sont un peu faiblardes, nous quittons le port de Dieppe.

18 septembre 2021 - 10h10

- Cap au 270°
- 7 nœuds de vent au largue
- Spi et grand-voile sortis
- Mer calme et bonne visibilité

Après avoir fait le plein de carburant, nous quittons le port de Dieppe. Le ciel est couvert mais cela ne nous empêche pas d’apprécier la navigation dès les premiers instants. Il faut dire que les conditions sont bonnes : mer plate, 7 nœuds de vent et une excellente visibilité. Encore une belle journée pour sortir le spi. La matinée en mer se passe sans aucun évènement particulier.

18 septembre 2021 - 12h30

- 3 nœuds de vent au grand largue
- 1 nœud de courant favorable
- Vitesse de 2 nœuds

Vers midi, le vent faiblit fortement. Heureusement, la mer est on ne peut plus calme. Pas besoin d’énormément de puissance dans les voiles pour qu’elles tiennent du coup. Nous avançons à peine malgré un courant favorable, mais ça n’est pas grave. Nous ne sommes pas pressés.

Les nuages ont cédé la place à un soleil cuisant. Après avoir retiré nos pulls et troqué nos pantalons pour des shorts, nous nous offrons même le luxe de déplier notre bimini, cette protection anti UV qui recouvre le cockpit. Une première en navigation !

18 septembre 2021 - 14h30

- Cap au 240°
- 10 nœuds de vent au grand largue
- Vitesse de 6 nœuds

À partir de 14h30, le vent est de retour. Depuis que nous sommes partis de Dunkerque, notre vitesse moyenne est plutôt bonne. Donc autant dire que nous gagnons en confiance… Au point de faire la course avec un voilier situé à quelques centaines de mètres. Pas sûre qu’il était au courant que nous tentions d’arriver au port avant lui, mais nous, on s’est bien amusés !

Deux heures plus tard, nous affalons le spi et allumons le moteur. Cap au 177° pour rejoindre l’entrée du port de Fécamp où des travaux sont en cours. Une conduite souterraine est installée en prévision du parc éolien qui sera construit à quelques milles des côtes.

Résumé de la navigation
Dieppe - Fécamp

Navigation entre Dieppe et Fécamp

Faire escale à Fécamp

Fécamp avait été notre seconde escale en Normandie durant l’été 2020 et nous étions littéralement tombés sous le charme de la ville et de ses environs. La Côte d’Albâtre, un patrimoine riche, une histoire mouvementée, la liqueur Bénédictine, un port morutier au cœur de la ville, … Autant d’éléments qui laisseront peu de personnes indifférentes. Si vous prévoyez de passer un week-end ou plus à Fécamp, vous trouverez plus d’informations sur les incontournables et l’histoire de la ville dans notre article dédié.

Cette fois-ci, nous n’y restons qu’une trentaine d’heures, le temps de laisser passer les vents violents avant de continuer vers Cherbourg.

En escale à Fécamp

Naviguer de Fécamp à Cherbourg

Il est 4h30 quand notre réveil sonne le 20 septembre. Il s’agit typiquement d’un début de journée que nous n’aimons pas. Il fait nuit, il fait froid, et nous n’avons qu’une seule envie : rester sous la couette. Et pourtant, nous n’avons pas le choix. À cause des travaux à l’entrée du port pour le parc éolien, le chenal d’entrée et de sortie ne sera pas accessible une heure avant et une heure après la basse mer, soit entre 5h30 et 7h30. Il faut donc que nous nous mettions en route vers Cherbourg avant. Qui a dit qu’avoir un voilier était synonyme de liberté ?

Nous nous motivons en nous rappelant que nos buddy boats Finja et Liva sont partis la veille à 22h et ont passé la nuit en mer. Au moins, nous avons eu la chance de dormir confortablement quelques heures au port avant de larguer les amarres…

20 septembre 2021 - 5h25

- Cap au 268°
- 11 nœuds de vent au près serré
- Un ris pris dans la grand-voile
- Houle de face + croisée de 0.5 mètre

Avant même de partir du port, nous prenons un ris dans la grand-voile afin de réduire la surface de nos voiles au moins jusqu’au lever du soleil. D’après les prévisions, la mer sera houleuse et la navigation pourrait rapidement devenir inconfortable. Et c’est peu dire… Nous ne le savions pas encore, mais cette journée de navigation s’avèrera être la pire que nous ayons connue jusqu’à présent.

Dès les premiers instants en mer, nous subissons une houle croisée qui ne nous quittera pas de la journée. De quoi mettre à l’épreuve mon estomac malgré le médicament anti-mal de mer pris avant le départ.

20 septembre 2021 - 7h00

- 15 nœuds rafales 19 au bon plein
- 2 nœuds de courant dans le nez
- Houle de face + croisée de 1 mètre
- Vitesse de 6.5 nœuds

Une heure et demie après le départ, le jour se lève doucement. Nous pouvons enfin veiller et éviter les nombreux filets et casiers de pêche. Le vent forcit et tourne légèrement. La houle, faible devant Fécamp, grandit peu à peu. Et malgré 2 nœuds de courant contre nous, nous avançons à plus de 6 nœuds. Nous nous félicitons d’avoir pris un ris dans la grand-voile avant le départ.

20 septembre 2021 - 9h45

- Cap au 265°
- 20 nœuds rafales 23 au bon plein
- 2 ris pris dans la grand-voile
- 1 ris pris dans le génois

Au fur et à mesure des heures qui passent, la navigation devient de plus en plus inconfortable. Le vent réel constant atteint maintenant les 20 nœuds, avec des rafales à 23 nœuds. Le bateau gîte significativement et la houle croisée n’arrange évidemment pas les choses. Nous décidons de réduire à nouveau la surface de nos voiles en prenant un second ris dans la grand-voile ainsi qu’un ris dans la voile d’avant. Et, puisque cette navigation est encore trop simple à ce stade, ajoutons le fait que nous sommes épuisés.

20 septembre 2021 - 13h05

- 17 nœuds rafales 19 au bon plein
- 2 nœuds de courant favorables
- Vitesse de 6.5 nœuds
- Houle de face + croisée de 2 mètres

Les heures passent et je suis frigorifiée. Impossible de me réchauffer depuis le lever du soleil malgré les multiples couches de vêtements… Je me sens de plus en plus nauséeuse. La houle croisée de 2 mètres maintenant et le froid combinés à une navigation au près/bon plein ne font vraiment pas bon ménage avec mon mal de mer. Je mange une pomme, généralement le seul aliment que mon estomac accepte quand je me sens mal. Mais pas cette fois… Alors que Jérémy commençait à somnoler, je passe la tête par-dessus bord et nourris les poissons. Su-per. Cette journée est définitivement parfaite.

Même s’il est toujours impressionnant d’observer et d’expérimenter des phénomènes de site en mer, le passage de la pointe de Barfleur n’a pas été plus agité que le reste de la navigation cette fois-ci. Nous avons littéralement passé 12 heures dans une machine à laver. Car l’état de la mer est le même jusqu’à 17h30, moment où nous passons l’entrée de la rade de Cherbourg.

Et quelle ne fût pas notre surprise de constater que nous arrivions au port exactement en même temps que nos copains à bord de Finja et de Liva. Ils étaient partis de Fécamp 7 heures avant nous, et nous les avons rattrapés. Avec nos 6.6 nœuds de vitesse moyenne et une pointe à 12.3 nœuds (notre record absolu !), autant dire que nous avons volé lors de cette navigation !

Résumé de la navigation
Fécamp - Cherbourg

Faire escale à Cherbourg

Après la navigation mouvementée pour arriver à Cherbourg, il était impensable de repartir après une nuit au port. Quoi que… Jérémy a sévèrement négocié. La fenêtre météo était parfaite pour naviguer jusqu’en Bretagne sans faire une seule heure de moteur. Mais non. J’avais besoin de me remettre de mes émotions. Pour la première fois, Cherbourg ne sera donc pas l’escale d’une nuit pour nous, et ça fait du bien.

Et pourtant, cette escale ne sera pas de tout repos. Il s’agit de notre dernier arrêt dans un grand port où il est excessivement facile de trouver du matériel, de l’équipement et des professionnels prêts à intervenir sur le voilier en cas de besoin avant notre traversée du Golfe de Gascogne. Nous décidons donc d’en profiter et de finir les préparatifs avant de nous lancer dans le grand bain.

Au programme de la journée : remplacement du coude de refroidissement du moteur, réparations de différents impacts dans le gelcoat, optimisation du rangement de nos coffres à outils, et vérification du gréement par des pros (Axe Sail, que nous recommandons les yeux fermés).

Vous l’aurez compris, ce ne sera pas encore cette fois-ci que nous visiterons Cherbourg, mais nous sommes néanmoins satisfaits de la productivité de notre escale.

Kerguelen en escale à Cherbourg

Naviguer de Cherbourg à Camaret-sur-Mer

Depuis que nous sommes propriétaires de Kerguelen, nous n’avons réalisé qu’une seule navigation de nuit lorsque nous avons traversé la Mer du Nord depuis l’Angleterre avant de passer quatre semaines sur les canaux des Pays-Bas. Et encore, je dis “nous”, mais c’est en réalité Jérémy qui avait assuré la veille toute la nuit puisque moi je souffrais d’un mal de mer sévère. Autant dire que je n’étais pas enthousiaste de me lancer dans une nav’ de nuit mais, en même temps, je souhaitais en faire au moins une avant la traversée du Golfe de Gascogne. Nous décidons donc de parcourir les 170 milles nautiques entre Cherbourg et Camaret-sur-Mer sans escale, soit plus de 30 heures de navigation.

22 septembre 2021 - 10h20

- Cap au 295°
- 2 nœuds de vent arrière
- 2 nœuds de courant dans le nez
- Navigation au moteur

Le 22 septembre un peu avant 10h, nous quittons notre place à Cherbourg. Avant même de sortir de la rade du port, nous savons que les premières heures de navigation se feront au moteur. Car si les conditions étaient parfaites la veille, ça n’est définitivement plus le cas aujourd’hui. Le vent arrière de 2 nœuds est trop faible pour sortir les voiles, et le courant de 2 nœuds également dans le nez n’arrange rien.

Vous vous demandez peut-être pourquoi nous quittons Cherbourg avec le courant dans le nez. C’est très simple : quelques heures plus tard, nous passerons le raz Blanchard où le courant est l’un des plus puissants d’Europe. Il peut atteindre jusqu’à 12 nœuds (soit ± 22 km/h). Il est donc essentiel d’y arriver au bon moment afin d’éviter de faire du sur-place voire même du moonwalk en voilier. Il ne s’agit pas de notre premier passage du raz, et nous sommes très étonnés de le découvrir calme et presque sans remous. Nous le passons sans encombre grâce aux 4 nœuds de courant… et toujours au moteur.

22 septembre 2021 - 15h40

- Cap au 260°
- 5 nœuds de vent au bon plein
- 1.5 nœuds de courant favorables
- Génois et grand-voile sortis

Après le passage du raz Blanchard, nous faisons cap au 260° afin de passer entre l’île d’Aurigny et celle de Guernesey. Alors que nous sommes au large d’Aurigny, nous hissons enfin les voiles et éteignons le moteur. Quel bonheur de n’entendre que le bruit du vent dans les voiles et de l’eau sur la coque. Lorsque le soleil commence à décliner dans le ciel, nous avons la visite rapide de quelques dauphins juste à côté du cockpit. De quoi nous souhaiter une bonne nuit de navigation.

22 septembre 2021 - 19h35

- 4 nœuds de vent au largue
- 1.5 nœuds de courant dans le nez
- Vitesse de 1.5 nœuds
- Navigation au moteur

Au fil des heures, le vent a peu à peu faibli. Quatre heures après l’avoir éteint, nous sommes contraints de rallumer le moteur. Heureusement, cela durera moins de 2h et nous naviguerons toute la nuit sous voile. Et quelle nuit ! Après un magnifique coucher de soleil, une lune rousse s’est levée. Le ciel était dégagé, la visibilité bonne, et le vent suffisant pour ressortir les voiles. 

22 septembre 2021 - 23h15

- Cap au 230°
- 6 nœuds de vent au petit largue
- Génois et grand-voile sortis

Entre deux coups d’œil aux alentours pour vérifier que tout se passait bien et qu’il n’était pas nécessaire d’ajuster les voiles ou le cap de Kerguelen, nous avons passé nos quarts(*) respectifs à observer les étoiles, totalement ébahis d’en distinguer autant.

Si vous naviguez, vous savez que les navigations d’une ou deux nuits sont les pires car il est très difficile de rentrer dans le rythme des quarts et de dormir. C’est donc sans surprise que nous avons attaqué cette nouvelle journée en étant bien fatigués. Mais nous décidons néanmoins de poursuivre vers Camaret plutôt que de nous arrêter à Roscoff par exemple.

(*) Pendant que l’un dort (ou du moins essaie), l’autre veille et gère le bateau

23 septembre 2021 - 8h30

- Cap au 240°
- Vent dans le nez
- 0.7 nœud de courant dans le nez
- Navigation au moteur

Peu de temps après le lever du soleil, le vent tourne. Il vient maintenant pile de face et restera comme ça toute la journée. Par-fait. C’est donc dépités que nous allumons à nouveau le moteur et que nous nous préparons psychologiquement à ne pas l’éteindre avant d’atteindre Camaret.

Vers 10h, nous avons à nouveau la visite d’un groupe de dauphins qui s’amuse à l’avant du bateau. Durant ces instants, nous oublions jusqu’au bruit du moteur et nous les observons avec un énorme sourire collé sur le visage.

23 septembre 2021 - 17h00

- Vent dans le nez
- 2 nœuds de courant dans le nez
- Vitesse de 2.5 nœuds

Malgré quelques vaines tentatives d’avancer grâce aux voiles, nous nous rendons rapidement compte que le vent tourne plus ou moins d’autant de degrés que nous au fil de la journée. Avec le bruit constant et peu discret du moteur, la navigation n’est pas la plus agréable qui soit. À partir de 17h, le temps nous paraît très long. Nous avons à ce moment plus de 2 nœuds de courant dans le nez, le vent toujours de face, et nous n’avançons qu’à 2.5 petits nœuds. Autant vous dire que le paysage ne défile pas très rapidement face à l’Aber Wrac’h à cette vitesse et que nous avons par moments même l’impression de faire une marche arrière. Une nouvelle fois, des dauphins viennent nous distraire pour notre plus grand bonheur.

Nous nous engageons dans le chenal du Four long de près de 13 milles nautiques alors que la nuit tombe. Et comme pour le passage du raz Blanchard, tout est une question de timing afin de ne pas lutter contre le courant. Nous faisons maintenant cap au 160°. Mais là encore, le vent tourne et arrive à 20° du nez du bateau. Impossible donc d’éteindre le moteur.

Après avoir scrupuleusement suivi les nombreuses balises qui bordent le chenal du Four, nous atteignons la pointe Saint Mathieu. Nous nous dirigeons alors vers l’est (cap au 086°), Camaret-sur-Mer n’est qu’à moins de 10 milles nautiques. Avant d’arriver à destination, nous avons néanmoins une dernière mission : éviter une bonne dizaine de bateaux de pêche qui s’agite devant notre nez.

Mission accomplie ! À 23h30, c’est fatigués mais contents que nous nous amarrons au ponton de Camaret-sur-Mer.

Résumé de la navigation
Cherbourg - Camaret-sur-Mer

Navigation de Cherbourg à Camaret

Faire escale à Camaret-sur-Mer

Cette escale marque notre dernier arrêt en France avant la traversée du Golfe de Gascogne et notre arrivée en Espagne, mais il s’agit aussi du premier port qui nous est inconnu. Nous avons donc une affection particulière pour Camaret.

Si le Golfe de Gascogne est réputé pour offrir des conditions de navigation parfois musclées toute l’année, c’est d’autant plus vrai entre octobre et mars. Nous sommes bien conscients que la saison est déjà bien avancée et qu’il est impossible de savoir quand une fenêtre météo nous permettra de le traverser plus ou moins sereinement. Notre objectif est donc de saisir la première fenêtre météo possible. Nous ne le savons pas encore, mais il nous faudra attendre deux semaines à Camaret avant de mettre les voiles vers l’Espagne.

Le lendemain de notre arrivée, nous nous sommes rendus compte que nous n’étions pas les seuls sur place. Quatre autres voiliers, trois Suédois et un Norvégien, font également escale ici avant de faire cap vers la Galice. Parmi eux, nous avons eu l’agréable surprise de trouver Malin, Johan et Vera, auteurs de la chaîne YouTube Ran Sailing. Pour l’anecdote, Ran Sailing a fait partie des premières chaînes que nous avons suivies avant même de prendre notre premier cours de voile. Ils nous ont clairement inspirés et donné l’envie de nous lancer dans ce projet, et les rencontrer alors que nous suivions leurs aventures sur notre TV paraît un peu irréel.

L’attente permet évidemment de rencontrer du monde sur les pontons. Les discussions autour des prévisions météo et des pronostics sur une date potentielle de départ sont devenues un rituel quotidien avec les équipages de Ran II, Josephine, Star, et Hensigten IV. Faire escale au même endroit et avoir ensuite la même destination créent forcément des liens. Mais pas que. Nous avons par exemple fait la connaissance de Christine et Vincent qui rentraient en Bretagne après un été dans les fjords nordiques à bord d’Arwen 2, leur Dufour 520. Et nous avons commencé notre aventure alors que celle de Guénola, Clémence et Charly se clôturait après un voyage de 18 mois autour de l’Atlantique au fil de la route de migration des baleines à bord d’Arvik. De quoi avoir des discussions jusqu’à pas d’heure et nous coller des étoiles dans les yeux.

Et puis sincèrement, il y a pire endroit où être bloqués. Située à l’extrémité ouest de la presqu’île de Crozon, Camaret-sur-Mer se situe au cœur d’une nature préservée où les paysages sauvages nous font nous sentir seuls au monde. Le village est en quelque sorte devenu le gardien de la rade de Brest au fil des siècles. C’est la raison pour laquelle on retrouve des fortifications Vauban à l’entrée du port et de nombreuses batteries militaires aux environs. Ces fortifications ont évidemment été renforcées lors de la Seconde Guerre mondiale et ont fait partie du fameux Mur de l’Atlantique. Et puis ça nous a donné l’occasion d’être dans le coin pour l’arrivée de Guirec Soudée après sa traversée de l’Atlantique à la rame !

Cependant, hormis un ou deux jours de beau temps, la météo était surtout à la pluie et aux vents violents. Nous avons d’ailleurs eu droit à deux épisodes avec des rafales allant jusqu’à 60 nœuds (soit plus de 110 km/h). Mais finalement, après près de deux semaines sur place, les planètes se sont alignées. Ou plutôt, les prévisions météo se sont montrées favorables. Le 6 octobre à 6h30 du matin, nous avons laissé Camaret et la France derrière nous et fait cap vers l’Espagne pour traverser le redouté Golfe de Gascogne.

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Cet article fait partie d’une série retraçant nos aventures depuis notre départ de Dunkerque en septembre 2021 jusqu’où nous nous trouvons en ce moment.

Articles déjà parus dans cette série
Quitter Dunkerque et naviguer en France

Articles à venir dans cette série
Notre traversée du Golfe de Gascogne
Passer 2 semaines en Galice
Naviguer 4 semaines au Portugal
Notre traversée de Lisbonne vers l’archipel de Madère

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8 réponses

  1. Cela fait toujours rêver de vous lire. En ce Noël, c’est un beau cadeau que les jolies photos et la description de vos exploits.
    On adore.

    Merci ! Denis & cie

  2. Bonjour,
    Même une histoire banale reste une belle histoire!
    Et puis partir, c’est vivre autre chose que le quotidien train-train.
    Nous serons sur vos talons car départ pour nous début août de Lorient
    Allez, profitez bien et ouvrez-vous la Voie.
    Patrice sur Ar-men

  3. Bonjour à vous deux !
    Cela fait plaisir de vous lire à nouveau ! Je vous avoue que je vous avais (un peu) oublié ! Honte à moi !
    J’espère que tout va bien pour vous !
    Au plaisir et comme déjà dit… bon vent !
    Cordialement,
    Jacques Pardoen

    1. Merci beaucoup Jacques ! C’est vrai qu’on s’est un peu montrés discrets ces derniers temps, mais on commence doucement à trouver notre rythme entre navigations, escales, détente, travail à bord, et blog 🙂

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Nous sommes Gaëlle et Jérémy, un couple de trentenaires et nous avons tout quitté pour vivre à temps plein sur notre voilier Kerguelen.

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