Traverser le Golfe de Gascogne de la Bretagne vers l’Espagne en octobre

Traverser le Golfe de Gascogne de la Bretagne vers l’Espagne en octobre

Traverser le Golfe de Gascogne fascine autant que cela fait peur. Alors s’y lancer à l’approche de l’hiver n’était pas une mince affaire pour nous qui n’avons découvert la voile que trois ans auparavant. Entre météo capricieuse et le doute qui s’installe sur notre capacité à réaliser cette traversée, allions-nous réussir à atteindre les côtes espagnoles sans encombre ? Dans cet article nous vous faisons le récit de cette traversée, jour après jour, avec en bonus quelques conseils pour que le temps passe plus vite et pour bien remplir votre estomac pendant ces longues heures de navigation.

Contenu de l'article

Choisir la bonne fenêtre météo pour traverser le Golfe de Gascogne

Traverser le Golfe de Gascogne représente bien souvent une étape importante pour celles et ceux qui décident de larguer les amarres et de faire cap vers le sud. Le Golfe est en effet réputé comme pouvant offrir des conditions de navigation musclées toute l’année.

S’agissant de notre première navigation de plusieurs jours sans interruption, nous voulions partir dans les meilleures conditions météo possibles. Cependant, dès la fin septembre, les bonnes fenêtres météo pour traverser le Golfe de Gascogne se font rare. Nous étions d’ailleurs cinq bateaux bloqués à Camaret-sur-Mer depuis deux semaines, attendant le moment propice pour larguer les amarres vers l’Espagne. Nous retrouvions donc les différents équipages suédois et norvégiens de Ran II, Josephine, Star, et Hensigten IV chaque jour afin de discuter des prévisions météo et de la stratégie à adopter.

Lors de ces discussions, il n’était pas question de savoir si les journées seraient pluvieuses ou ensoleillées comme on peut s’en soucier lorsque l’on est « à terre ». Avant de partir en navigation, plusieurs éléments sont à prendre en compte :

Le vent

S'il n'y a pas suffisamment de vent, nous n'avancerons pas et serons contraints d'allumer le moteur. Or, nous souhaitons faire le moins de moteur possible. S'il y a trop de vent, la navigation peut devenir très inconfortable voire parfois dangereuse. Nous cherchons donc toujours le bon équilibre avant de partir.
Pour traverser le Golfe de Gascogne, nous voulions éviter d'avoir plus de 30 nœuds de vent dans le Golfe (c'est-à-dire environ 60 km/h) et nous voulions éviter au maximum de faire du moteur.

La houle

Il est difficile de définir une houle avant d'être en mer uniquement sur base des fichiers météo. Mais d'une manière générale et pour caricaturer un peu, si nous voyons 3 mètres de houle avec une période de 10 secondes, nous resterons au port.
Pour traverser le Golfe de Gascogne, nous attendions donc une houle avec une "longue" période de houle pour plus de confort et pas de résidus trop importants des vents violents précédant notre départ.

Les marées

Lorsqu'on part de Bretagne Nord pour traverser le Golfe de Gascogne, passer par le raz de Sein est inévitable. Ce passage est connu pour son courant important et le passer au bon moment est essentiel. Idéalement, il vaut mieux attendre l'étale, c'est-à-dire entre la marée montante et la marée descendante. Et définir l'heure à laquelle quitter le port en fonction des horaires de marée du jour.

Nous avons donc décidé de nous mettre en route vers 6h30 le mercredi 6 octobre 2021 lorsque la combinaison de ces différents éléments nous paraissait la plus favorable. Les autres bateaux, plus gros que nous et donc plus rapides, ont décidé de partir à la marée suivante le 6 également, donc dans l’après-midi, et de faire du moteur durant les premières 18 heures de navigation.

La traversée du Golfe de Gascogne en voilier

Traverser le Golfe de Gascogne
- Jour 1 : Au revoir la France -

Il est 5h du matin lorsque notre réveil sonne le 6 octobre 2021. Aujourd’hui, nous nous mettons en route vers l’Espagne. Trois jours de navigation sont nécessaires pour traverser le fameux Golfe de Gascogne depuis la Bretagne, et nous ressentons un mélange d’impatience et d’appréhension. Il s’agit de loin de notre plus longue navigation. Et même si nous sommes convaincus que nous ainsi que le voilier sommes aussi prêts que possible, la réputation du Golfe nous maintient sur nos gardes.

Après un petit déjeuner consistant, nous passons près de 40 minutes à faire un tour complet du bateau afin d’en vérifier chaque point. À 6h30, il est temps de larguer les amarres et de nous lancer dans le grand bain. Le jour se lève dans moins d’une heure trente, et nous décidons de nous habiller chaudement mais sans pour autant mettre nos vêtements de quart. Nous ne le savons pas encore, mais c’était une grosse erreur.

6 octobre 2021 - 7h15

- Cap au 195°
- 12 nœuds de vent au près serré
- Génois et grand-voile sortis
- Houle de 50 cm et bonne visibilité

À la sortie du port, nous sommes ravis de trouver très peu de houle. Il fait encore nuit noire et il est impossible de voir la houle ou quoi que ce soit d’autre arriver. Nous nous repérons uniquement grâce au balisage lumineux et à nos instruments de navigation. Nous croisons les doigts pour que l’état de la mer ne change pas trop après le passage de la pointe du Toulinguet. 

Il ne faudra pas attendre d’y arriver pour regretter nos tenues. Moins de 20 minutes après avoir quitté le port, une vague énorme s’abat sur le cockpit. Nous sommes littéralement trempés. Parfait. Il est évident que nous ne pouvons pas rester dans nos vêtements au risque d’être frigorifiés avant même d’atteindre la mer d’Iroise.

Nous allons nous changer à tour de rôle, enfilant cette fois-ci nos vestes et pantalons de quart. Pour l’anecdote : l’intégralité des vêtements que nous avons retirés était toujours trempée 3 jours plus tard lors de notre arrivée en Espagne…

Une fois la pointe du Toulinguet atteinte, nous hissons la grand-voile, déroulons le génois, et éteignons le moteur. Avec 12 nœuds de vent au près, une houle de 50 cm et une bonne visibilité, les conditions sont idéales pour débuter ce passage de plusieurs jours.

6 octobre 2021 - 10h30

- Cap au 170°
- 8 nœuds de vent de au près serré
- Vitesse de 4.5 nœuds

Quelques heures plus tard, nous arrivons au raz de Sein. Tout comme le raz Blanchard, ce passage est connu pour son courant important et il est essentiel de choisir quand le passer. Le moment idéal pour parcourir les 2-3 milles nautiques du raz est à l’étale, c’est-à-dire entre la marée montante et la marée descendante.

C’est la première fois que nous passons ici et le paysage est à couper le souffle. Les falaises et rochers ont été sculptés par la mer agitée et les vents violents qui sévissent dans cette zone, et le résultat est tout simplement magnifique.

Dans deux heures environ, nous ne distinguerons plus les côtes avant d’arriver à proximité de l’Espagne. Autant dire que nous n’en perdons pas une miette.

À peine le raz de Sein passé, un banc de dauphins vient nager à l’avant du voilier. Et ils ne seront pas les seuls à venir s’amuser avec Kerguelen puisque nous avons eu pas moins de quatre groupes différents de dauphins nous rendant visite au cours de la journée ! Comme toujours, ces moments sont magiques.

6 octobre 2021 - 14h30

- Cap au 141°
- 15 nœuds de vent de au près serré
- Vitesse de 5 nœuds

À partir de 13h30, nous ne distinguons plus les côtes et les rencontres entre bateaux se font de plus en plus rares dans le Golfe. Malgré tout, nous avons réussi à être en route de collision avec un pétrolier. Un appel à la VHF nous a tout de suite rassurés : il nous a bien vu et a légèrement modifié son cap.

Depuis notre départ de Camaret, nous sommes au près (c’est-à-dire que le vent arrive à 40° du nez du bateau). Il s’agit de l’allure la moins confortable en voilier. Mais étonnamment, cette première journée de navigation est très agréable et nous avançons à une vitesse moyenne de 5.6 nœuds au cours des 12 premières heures.

En décidant de partir à 6h du matin plutôt qu’en fin de journée, notre objectif est de faire le moins de moteur possible avant d’arriver en Espagne. En début d’après-midi, nous changeons donc de cap afin d’aller chercher le vent un peu plus à l’est de la trajectoire directe.

7 octobre 2021 - 2h30

- Cap au 222°
- 4 nœuds de vent au près serré
- Génois enroulé
- Navigation au moteur

Au cours de la nuit, il nous faut ensuite changer de bord et repartir un peu plus à l’ouest avant de faire cap plein sud vers La Corogne. C’est à ce moment-là que le vent décide de nous faire défaut pour quelques heures. Nous allumons donc le moteur.

Naviguer au moteur à bord d’un voilier n’est jamais ce que nous préférons évidemment… et c’est d’autant plus vrai la nuit. Impossible de nous reposer. Les vibrations et bruits du moteur nous maintiennent éveillés et rendent le temps long.

Heureusement, le ciel est dégagé. Nous observons pendant des heures les étoiles et la voie lactée sans nous lasser, regrettant un peu de n’avoir aucune notion d’astronomie. Nous avons également droit à une nouvelle activité nocturne grâce au phénomène de bioluminescence qui est très visible dans cette zone de navigation. À chacun ensuite de trouver des astuces pour ne pas laisser la fatigue s’installer et le froid nous engourdir. Jérémy fait régulièrement quelques mouvements d’échauffement musculaire. Quant à moi, j’enfile jusqu’à 7 couches de vêtement (c’est qu’il fait froid au milieu du Golfe de Gascogne en octobre !) et j’écoute des podcasts.

Traverser le Golfe de Gascogne
- Jour 2 : Mode "machine à laver" activé -

Après les 24 premières heures de navigation, la mer a commencé à s’agiter un peu plus. Nous ne le savons pas encore, mais nous passerons le reste de la traversée du Golfe de Gascogne dans une véritable machine à laver.

7 octobre 2021 - 6h40

- Cap au 212°
- 10 nœuds de vent au largue
- Génois sorti et moteur éteint
- Vitesse de 5.5 nœuds

Nous coupons le moteur une heure environ avant le lever du soleil. Après cette nuit peu reposante, le silence est un vrai soulagement. J’en profite pour me reposer une heure dans le carré alors que Jérémy veille dans le cockpit. Lorsque je mets le nez dehors, le soleil est à peine levé. Quelques dauphins viennent nous rendre visite et la journée se met alors doucement en route.

C’est une expérience assez unique de passer plusieurs jours en mer et nous profitons de chaque instant. Nous prenons un petit déjeuner copieux dans le cockpit, nous débriefons de la nuit, et nous récupérons la météo de la journée mise à jour grâce à notre téléphone satellite.

7 octobre 2021 - 11h50

- 16 nœuds rafales 18 au travers
- 1 ris pris dans la grand-voile
- Houle de 1.5/2 m de travers
- Vitesse de 6 nœuds

Nous le savons, le Golfe de Gascogne peut être redoutable. Nous avons choisi la meilleure fenêtre météo possible, mais cela ne veut pas dire que ça sera confortable jusqu’aux côtes espagnoles.

Et c’est peu dire… Dès la fin de la matinée du second jour de traversée, le Golfe se transforme en véritable machine à laver. D’une mer totalement plate, nous passons à une houle de travers de 1,5 à 2 mètres de travers. Le vent forcit également. Nous avons maintenant 16 nœuds constants et des rafales à 18 nœuds. Afin de réduire un peu la puissance du bateau et rendre la navigation un poil plus confortable, nous décidons rapidement de diminuer la surface de voile et donc de prendre un ris dans la grand-voile.

Au milieu de cette seconde journée de traversée, nous apercevons les bateaux copains Ran II, Josephine, Star, et Hensigten IV sur nos instruments de navigation, partis au moteur une demie-journée plus tard que nous. Puisque nous sommes les seuls à avoir activer notre téléphone satellite, nous nous transformons en présentateurs météo pour la journée. Nous recevons donc plusieurs appels VHF des uns et des autres afin de discuter des prévisions météo et de prévoir au mieux l’arrivée de chacun en Espagne.

7 octobre 2021 - 18h00

- Cap au 230°
- 16 nœuds rafales 18 au grand largue
- 1 ris pris dans le génois
- Houle de 3/4 arrière

Nous passons littéralement la journée à être ballotés d’une manière inconfortable dans le Golfe de Gascogne. Cela rend la navigation et les moments de repos plus compliqués à bord. Malheureusement, les informations météo que nous récupérons avant la nuit nous confirme que cela ne s’améliorera pas avant notre arrivée en Espagne. Nous décidons donc de diminuer également la puissance de notre voile d’avant, et donc de prendre un ris dans notre génois.

La houle est maintenant de trois-quart arrière et nous nous préparons à une nuit agitée. Heureusement, deux éléments nous mettent du baume au cœur juste avant que le soleil se couche.

Nous avons d’abord un petit oiseau qui s’est posé à quelques centimètres à peine de Jérémy pendant un long moment. Nous sommes littéralement au milieu du Golfe de Gascogne, nous ne voyons plus les côtes depuis près de 30 heures… Comment ce minuscule oiseau est-il arrivé jusque là ? Il s’est posé à bord afin de reprendre ses forces, mais le fait qu’il soit arrivé jusqu’à nous nous épate. Mais surtout, où va-t-il ensuite ? Vous vous imaginez bien que, seuls avec de l’eau à perte de vue, cet événement nous a fait parler et spéculer pendant un bon moment.

Ensuite, nous nous félicitons d’avoir cuisiné plusieurs repas avant notre départ de Camaret et d’être en mesure de manger des bons petits plats maison malgré la mer formée. Il ne faut pas oublier que j’ai le mal de mer et qu’il est pour moi impossible de cuisiner ou même de rester éveillée un certain temps à l’intérieur lorsque nous naviguons, sous peine d’être malade. Quel plaisir donc de n’avoir qu’à réchauffer rapidement un plat maison et de le manger juste avant la nuit.

8 octobre 2021 - 00h00

- Cap au 218°
- 20 nœuds rafales 23 au grand largue
- 3 ris pris dans le génois
- 2 ris pris dans la grand-voile

Cette seconde nuit de traversée du Golfe de Gascogne est de loin la plus inconfortable que nous ayons vécue. Dès minuit, le vent forcit et se stabilise à 20 nœuds constants avec des rafales à 23 nœuds. Afin d’éviter toute complication au cours de la nuit, nous prenons un ris supplémentaire dans la grand-voile et deux ris supplémentaires dans le génois.

Nous naviguons au grand largue car le vent arrive à un angle de 120° de l’avant du bateau. Il s’agit d’une allure généralement confortable à bord, mais la houle de trois-quart arrière rend les choses plus sportives à bord. Impossible de dormir correctement alors que l’autre veille durant son quart. L’intérieur du bateau ressemble à une zone sinistrée et il est très compliqué d’y trouver un endroit où s’y caler pour ne fut-ce qu’une heure. Nous décidons donc de nous allonger sur le sol du cockpit à tour de rôle, calés entre la paroi du coffre d’un côté et la colonne des instruments de navigation de l’autre.

Traverser le Golfe de Gascogne
- Jour 3 : Hola España -

Nous sommes en mer depuis 48 heures, nous sommes fatigués, mais les éléments ne nous laissent aucun répit. Jusqu’à notre arrivée à La Corogne, nous allons essuyer des conditions qui nous auraient probablement effrayés quelques années plus tôt.

8 octobre 2021 - 9h10

- 22 nœuds de vent au grand largue
- 2 ris pris dans le génois
- Houle croisée de 3 mètres
- Vitesse de 6.5 nœuds

Dès le début de la matinée de cette troisième journée en mer, la météo donne le ton. Les rafales sont moins présentes que durant la nuit, mais le vent constant de 22 nœuds au grand largue nous pousse à conserver 2 ris pris dans le génois et dans la grand-voile. Malgré notre voilure réduite, Kerguelen maintiendra sa vitesse de croisière de 6.5 nœuds presque toute la journée.

Élément moins confortable : la houle initialement de travers ou de trois-quart arrière s’est transformée en houle croisée de 3 mètres de haut. La résultante d’une houle importante venant du large d’une part, et de la houle créée par le vent soutenu d’est d’autre part. Autant dire que notre quota repos déjà sérieusement entamé n’a aucune chance de se recharger avant notre arrivée en terre espagnole.

En milieu de matinée, nous avons une petite frayeur. Nous distinguons deux animaux marins assez grands à l’arrière du bateau et nous remarquons d’emblée qu’il ne s’agit pas de dauphins. 

Il faut savoir qu’au moment où nous traversons le Golfe de Gascogne, un nombre impressionnant d’attaques d’orques a été signalé à l’encontre de voiliers le long des côtes portugaises et espagnoles. Ils mâchouillent les safrans et tapent dans les coques, rendant la navigation à bord impossible avant d’importantes réparations. Et les derniers signalements avant notre départ de Camaret indiquaient qu’ils remontaient peu à peu vers le Golfe.

Notre première crainte est donc qu’il s’agisse d’orques juste derrière nous. Mais nous nous rendons rapidement compte que les cétacés se déplaçant dans le sillage de Kerguelen sont en fait des globicéphales.

8 octobre 2021 - 16h40

- 24 nœuds rafale 27 au grand largue
- 3 ris pris dans le génois
- Houle croisée de 5 mètres
- Vitesse de 6.5 nœuds

À partir de midi, nous distinguons les côtes espagnoles devant nous. Quel sentiment étrange d’arriver à l’étranger par la mer. Nous savons que nous avons encore 12 à 14h de navigation avant de mettre le pied à terre, mais nous avons déjà un grand sourire sur le visage.

Peu après 16h, les conditions se dégradent encore. Le vent atteint maintenant 24 nœuds constants avec des rafales à 27 nœuds au grand largue (soit 50 km/h environ). Nous décidons de prendre un troisième ris dans le génois en prévision des conditions et de la nuit à venir. Malgré ça, nous surfons toujours à 6.5 nœuds.

La houle croisée crée maintenant des creux de 4 à 5 mètres et autant dire que notre auto-pilote n’est pas suffisamment performant pour barrer efficacement dans ces conditions. Jérémy désactive l’auto-pilote et barre à la main à partir de ce moment-là. Il ne quittera pas la barre jusqu’à notre arrivée à La Corogne.

8 octobre 2021 - 20h25

- 27 nœuds rafale 31 au grand largue



Peu avant le coucher de soleil, un énorme groupe de dauphins nous accueille alors que nous apercevons l’entrée de la ria de La Corogne. Ils jouent autour de Kerguelen pendant un bon quart d’heure. Il faut dire que nous avançons rapidement dans le vent de 27 nœuds constants et ses rafales à 31 nœuds. Ça doit probablement bien les amuser de faire la course avec nous.

Le cerveau humain fonctionne d’une manière très particulière. Nous sommes épuisés, nous sommes impatients d’arriver au port, et le temps nous paraît vraiment long depuis que nous apercevons les côtes. Mais dès que nous remarquons ce groupe de dauphins, tout est oublié et nous nous rendons compte à quel point nous avons de la chance de vivre ces moments.

Les couchers de soleil en mer sont des moments uniques, mais celui-ci avait définitivement une saveur particulière.

8 octobre 2021 - 22h00

- 14 nœuds de vent arrière
- Grand-voile et génois sortis
- Houle de 50 cm
- Vitesse de 3.5 nœuds

Les conditions dans lesquelles nous naviguons nous épuisent mais nous savons que nous n’avons plus que quelques heures à tenir. Et comme pour tester une dernière fois notre résilience, une énorme vague s’abat sur le cockpit par l’arrière du bateau une fois la nuit tombée. Nous sommes trempés évidemment, mais l’eau est également rentrée dans le bateau par la descente. Comme si l’atmosphère à bord de Kerguelen n’était pas suffisamment humide après avoir passé près de 3 jours en mer…

À 22h, nous entrons enfin dans la ria de La Corogne. Presque immédiatement, le vent tombe à 14 nœuds et la houle devient insignifiante. Nous avançons maintenant à 3.5 nœuds et nous regrettons d’arriver de nuit et donc de ne pas découvrir le paysage à mesure de nous progressons dans la ria.

Après avoir croisé un porte-conteneurs à qui nous avons souhaité une bonne traversée jusqu’en Amérique du Sud, notre impatience a eu raison de nous et nous avons allumé le moteur.

Le 9 octobre 2021 à 2h du matin, nous éteignons le moteur après avoir amarré Kerguelen dans la marina Real Club Náutico da Coruña. Difficile de décrire toutes les émotions qui nous assaillent dès que l’on a sécurisé le bateau. Nous sommes extrêmement fiers de nous et, en même temps, nous avons un peu de mal à réaliser que nous venons de traverser le redouté Golfe de Gascogne.

Nous faisons une mini danse de la joie sur les pontons en veillant cependant à ne pas réveiller les bateaux voisins. Puis nous nous dirigeons vers les sanitaires afin de voir si nous pouvons facilement y prendre une douche. Après près de 3 jours en mer et plusieurs vagues dans le cockpit, un rinçage à l’eau douce ne serait pas de refus. Malheureusement, une carte magnétique est nécessaire pour accéder aux sanitaires. Malgré l’humidité ambiante à bord de Kerguelen, nous décidons d’y prendre une douche rapide avant de nous coucher pour une nuit de repos bien méritée.

Résumé de la navigation
🇫🇷 Camaret-sur-Mer - La Corogne 🇪🇸

La traversée du Golfe de Gascogne en voilier
La traversée du Golfe de Gascogne en voilier

Notre liste de repas maison pour traverser le Golfe de Gascogne

Si vous naviguez, vous savez qu’il est important de bien manger en navigation et que ressentir la faim trop longtemps peut entraîner le mal de mer. Nous prévoyons donc toujours des snacks et des choses faciles à grignoter entre les trois repas principaux qui rythment les journées à bord. La veille de notre départ de Camaret-sur-Mer, j’ai préparé différents repas qu’il faudra simplement réchauffer une fois en mer. Et autant dire qu’il n’y a rien de tel qu’un petit plat maison pour nous mettre du baume au cœur lorsque les conditions de navigation sont un peu musclées.

Lorsque je cuisine avant un départ en navigation, je fais attention aux éléments suivants lorsque je sélectionne les recettes à faire :

Facile à manger

On oublie les repas à manger dans une assiette plate, où il faut utiliser un couteau et une fourchette pour découper l'un ou l'autre ingrédient, et qui risquent de finir par terre dans le cockpit. Je privilégie donc les repas que l'on peut facilement manger à la main ou dans un bol (avec fourchette ou cuillère à soupe).

Goûts et odeurs "neutres"

Lorsque l'on part plusieurs jours en mer, on ne souhaite pas avoir un fromage puant dans le frigo qui embaumera notre espace de vie dès qu'on en ouvrira la porte. Ça paraît standard. Mais étant sujette au mal de mer, je veille aussi à ce que les ingrédients et préparations au frigo n'aient pas un goût ou une odeur trop marqué ou écœurant, et ce même si c'est quelque chose que j'adore en temps normal.

Produits peu fragiles

Nous ne sommes pas à l'abri de devoir couper notre frigo pour une raison ou une autre lors d'une navigation de plusieurs jours. Je veille donc à ne pas y stocker d'ingrédients ou de repas qui seraient trop fragiles et qui se conserveraient mal plusieurs jours à une température variable.

Repas chauds qui nourrissent

Afin de contrer la fraîcheur des navigations de nuit, nous aimons manger un repas chaud le soir. Par contre, contrairement à ce que nous pouvons parfois faire lorsque nous sommes au port, nous évitons les repas "légers". Les navigations fatiguent, et il est important d'ingérer suffisamment d'énergie pour tenir le coup lors des quarts de nuit notamment.

Voici donc la liste sans prétention des repas qui nous ont accompagnés pour traverser le Golfe de Gascogne.

Repas

Salade de pâtes

Facile à préparer avant le départ et à manger en navigation dans des bols, la salade de pâtes ou de riz est un grand classique à bord de Kerguelen. D'une manière classique, je vais y mettre des crudités à l'odeur relativement neutre afin de ne pas provoquer de mal de mer ou même de dégoût lors des repas (concombre, poivron, maïs, ...).
Généralement, nous mangeons la salade de pâtes le midi accompagnée de graines de sésame et de jus de citron.

Poivrons farcis destructurés

Les poivrons farcis d'un mélange quinoa boulgour, de champignons, de carottes, d'oignons et de fromage de chèvre sont un grand classique lorsque nous avons accès à un four.
Afin de faciliter la dégustation en navigation, j'intègre les poivrons coupés en morceaux à la farce et nous mangeons le tout dans des bols après l'avoir réchauffé quelques instants.

Poêlée de patates douces

La poêlée de patates douces sautées aux oignons et au thym est le repas chaud qui tient au corps par excellence. Très facile à réchauffer, ce repas réconfort nous aide généralement bien avant la nuit.

En-cas salés

Houmous maison

En-cas salé idéal contre le mal de mer, le houmous dans lequel on trempe des morceaux de carotte ou de poivron est un indispensable lors des traversées de plusieurs jours.

Cake salé

Idéal à conserver en dehors du frigo, le cake salé aux tomates séchées et olives vertes est parfait pour grignoter lors d'une petite faim. Combiné au houmous, il peut même faire office de repas sans vaisselle. Et ça, en navigation, on aime !

En-cas sucrés

Banana bread

Et puisque la mer peut parfois nous en faire voir de toutes les couleurs, nous prévoyons toujours une petite douceur réconfortante. Pour traverser le Golfe de Gascogne, le banana bread nous paraissait tout indiqué.

Les podcasts écoutés pendant la traversée du Golfe de Gascogne

Mon mal de mer et la lecture ne font pas bon ménage donc je me suis très rapidement rabattue sur les podcast afin de maintenir mon attention au beau fixe lors des quarts de nuit. Lors de notre traversée du Golfe de Gascogne, je me suis régalée à écouter des vécus et types de podcast très différents : le super podcast littéraire d’une copine, les difficultés d’un couple vivant à bord d’un voilier en plein confinement, le vécu d’une infirmière en pleine crise sanitaire, et le créateur de la plus grande course en autostop de France parler des concepts qu’il crée.

Ils ne le savent pas, mais leurs propos m’ont intéressée, interpelée, touchée. Et grâce à eux, je suis restée éveillée.

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Cet article fait partie d’une série retraçant nos aventures depuis notre départ de Dunkerque en septembre 2021 jusqu’où nous nous trouvons en ce moment.

Articles déjà parus dans cette série
Quitter Dunkerque et naviguer en France
Traverser le Golfe de Gascogne vers l’Espagne

Articles à venir dans cette série
Passer 2 semaines en Galice
Naviguer 4 semaines au Portugal
Notre traversée de Lisbonne vers l’archipel de Madère

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4 réponses

  1. coucou les « djeuns ».
    Merci pour ce récit concis et captivant et pour les belles photos l’accompagnant.
    Quant aux poivrons déstructurés, ça ressemble à un coup de Sandrine Rousseau LOL.
    Bons vents, ou mieux, bon séjour à Madeira.

  2. Bonjour salingkerguelen,
    Quel plaisir de vous lire.
    Nous vous suivons (nous sommes un couple Walter et Damienne sur Kairos II) avec un grand intérêt car nous avons acheté notre bateau récemment et quitterons Amsterdam en juillet 2023. Nous devrons faire exactement le même circuit que vous. Donc autant vous dire que toutes vos informations sont prises en considération. Nous n’avons jamais navigué en mer. Avons de l’exp En lac car nous faisons beaucoup de régates sur les 6 mois printemps été automne, mais pas de traversée à notre actif. Nous nous préparons activement en faisant des formations de cours mécanique diesel (pour Walter), cours météo marine, cours VHF, secourisme en mer, cours d’espagnol. C’est intense plus tout ce qu’il faut prévoir pour équiper le bateau.
    La peur du golfe de Gascogne est vraie. Les orques attaquant les voiliers n’est pas un mythe.
    Merci de partager vos aventures Et au grand plaisir de vous suivre pour les prochaines traversées.

    1. Bonjour Damienne et Walter,
      Merci beaucoup pour votre message.

      Nous sommes ravis si notre retour d’expérience peut être utile à d’autres lorsqu’ils se lancent dans le grand bain. Car vous avez raison : les mois précédant le départ sont extrêmement chargés, il y a énormément de choses auxquelles penser et la courbe d’apprentissage est intense. Mais c’est aussi une période où tout devient plus concret et où l’excitation du départ se fait peu à peu ressentir.

      Quoi il en soit, n’hésitez surtout pas à nous contacter si vous avez des questions pratiques pour votre projet ou même s’il y a des sujets que vous souhaiteriez qu’on aborde sur le blog dans des articles détaillés.

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